« Face à la réalité, ma vérité est ailleurs. »

Question 07

M&Y d.F : Lors d’une de nos rencontres, pour te situer et mieux te faire connaitre, tu avais fait référence à Peter Pan, E.T et don Quichotte. Peux-tu nous donner plus de détail sur ces choix. Parle nous aussi de ton quotidien d’artiste retiré à Coutances ? Comment se déroule une journée de travail dans ton appartement/atelier ?

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H L : « Face à la réalité, ma vérité est ailleurs. »

Dans un monde où le paraître et le faux triomphent, il est vrai que pour faire le beau, l’intelligent, le cultivé, bref le cuistre pompeux autoproclamé artiste intellectuel dans décorum pseudo conceptuel avec un discours hermétique, incompréhensible et indigeste qui le caractérise, j’aurais pu me présenter à vous ainsi en faisant référence aux grands noms d’artistes majeurs et autres incontournables théoriciens, penseurs, précurseurs et révolutionnaires géniaux qui ont fait toutes les grandes tendances qui symbolisent l’art contemporain, dont un grand nombres d’artistes suiveurs et « pompeurs »  se réclament sans vergogne pour se présenter sous leur meilleur profile toujours à vendre, mais pour me définir ainsi c’eût été de m part que véritable imposture minable et mensonges faciles qui n’auraient jamais tenu la distance, le masque usurpé pour une mauvaise comédie humaine et artistique serait tombé bien vite, mettant fin à notre relation basée sur la confiance, enfant bien élevé, j’ai toujours eu beaucoup de mal à mentir, surtout pour me faire valoir !

Alors en confiance pour me définir, je me suis présenté à vous comme le résultat complexe d’un accouplement original mais surtout pas immonde, entre trois personnages de fiction dans lesquels j’aime me reconnaître depuis toujours, et sui sont Peter Pan, E.T et don Quichotte. Mais qu’elles bien étranges et surprenantes références pour un artiste qui se veut contemporain.

Alors du fond de mon bunker de pacotille, j’entends déjà les commentaires sarcastiques, méprisants, voir assassins d’une certaine petite élite mondaine dépassée car conditionnée par de vieilles et inébranlables certitudes qui ne voit pas plus loin que ces dernières, les pauvres ! Moi aussi, je vous méprise. « CE N’EST PAS LE DOUTE QUI REND FOU, C’EST LA CERTITUDE. » Friedrich Nietzsche. En parlant de Nietzsche, en voilà encore un autre qui me fait du bien et que je pourrai appeler « Papa », tout comme le bon docteur Freud, Peter Pan, E.T, don Quichotte et bien d’autres qui peuplent mon panthéon imaginaire, et qui m’aident fortement à pourvoir être qui je suis.

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Alors pourquoi Peter Pan ? En psychanalyse il y a un syndrome qui porte son nom et qui, en gros, touche des gens comme moi qui ne sont jamais véritablement sortis du monde de l’enfance, faisant de nous de pauvres exilés déracinés en permanente recherche de ce monde idéal et merveilleux perdu que jamais les vieux enfants que nous sommes ne retrouveront, car n’ayant existé que dans notre imagination fertile et nos fantasmes d’enfants rêveurs, idéalistes et nostalgiques.

Et pourquoi E.T ? Me sentant moi-même un peu comme une espèce étrange et bizarre d’extra -terrestre égaré involontairement dans le dur monde des réalités relativement hostile à tous les hors normes, pour m’en protéger tout en me réalisant, je suis en quête de la « MAISON », ce singleton salvateur mais précaire dans lequel seul, j’ai ma véritable place, celle de l’artiste Franc-Tireur en position expressive et constructive qui bâtit inlassablement au quotidien (son œuvre artistique) qui justifie totalement son existence parmi les hommes, dont de très nombreux lui sont devenus des étrangers, pour ne pas dire des êtres étranges ! L’incompréhension est partagée des deux côtés, c’est une constatation et je fais avec comme si de rien n’était…

Mais enfin, pourquoi don Quichotte ? Dans ce cas-là, il y a moult raisons de me reconnaître dans ce glorieux personnage à la fin pathétique, je prends le glorieux, j’évite le pathétique. Mais que de similitudes avec ce personnage à folle imagination ! Certes, je ne suis pas un hidalgo, je viens du peuple, de ce noble monde ouvrier, travailleur et honnête qui me confère en héritage la sensation d’appartenance à une espèce d’aristocratie laborieuse, une forme de chevalerie combattante qui me fait honnête homme respectueux des valeurs profondes qui, je dois le dire, me marginalisent en ces temps mauvais où triomphe l’anomie qui nous entraîne en fanfare droit dans le mur de nos futures lamentations.

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Comme l’ingénieux hidalgo, je suis franc-tireur idéaliste qui se bat contre les moulins à vent de la société du paraître. Ensemble, nous sommes des espèces en voie d’extinction qui rament de bon cœur à contre-courant, nous heurtant contre les récifs de la pensée dominante qui peuplent le fleuve superficiel de la triste réalité.

De plus, les causes perdues me touchent, il y a du panache à être le glorieux singulier un peu fou qui, seul contre tous, se bat jusqu’au bout du bout dans un combat perdu d’avance contre les forces moutonnières de la norme, supérieures en nombre et en conformité, mais inférieures en originalité et en créativité ! « HEUREUX LES FELES, CAR ILS LAISSERONT PASSER LA LUMIERE » Michel Audiard.

Alors mes amis, voilà pourquoi j’ai beaucoup d’eux en moi, ils sont mes pères de substitution et mes pairs d’imagination.

« Une journée A.F.P.P.F sur le front ouest. »

Dans mon appartement atelier transformé en abri anti monde des réalités, mes journées d’artiste moine soldat solitaire se suivent et se ressemblent, comme si je vivais toujours le même jour perpétuellement recommencé. D’un naturel tourmenté, je trouve une espèce d’équilibre précaire dans une chronicité imposée qui me rassure, ayant supprimé de ma conjugaison le temps du futur qui m’insupporte et que je redoute tant.

Dans cette vie austère en mode survie volontaire, c’est au jour le jour que je m’accroche chaque jour pour travailler d’arrache-pied en toute liberté à la création de l’œuvre de toute une vie. Certes, je ne souhaiterais pas ce genre de vie à mon pire ennemi, mais c’est la mienne, j’y trouve mon compte et j’y tiens !

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Depuis toujours, je hais les matins ! Vieux diesel un peu fatigué après le levé, il me faut deux ou trois heures pour être opérationnel et enfin démarrer la journée après avoir sacrifié au rituel du petit déjeuner, de la toilette complète et autres corvées domestiques détestées mais qui me protègent d’un certain laisser-aller que je ne pourrais pas supporter ! Alors enfin libéré de ce temps chiant mais obligatoire, vers les 11 heures, arrive le temps de la montée à la tranché où enfin je peux faire les choses pour lesquelles je suis fait.

Alors assis à mon poste de combat, les choses sérieuses peuvent commencer. Comme un soldat fidèle au poste sur le front des armées de la création, j’écris la carte du jour pour l’élaboration de la pièce continuelle « CORRESPONDANCE DE (ma) GUERRE ». Première cartouche artistique tirée de la journée pour la bonne cause, celle de l’ART !

Carte unique tamponnée à la poste de Coutances, avec le cachet du jour correspondant à la date manuscrite et qui vous est quotidiennement adressée depuis 2001. Longtemps, j’ai posté moi-même cette carte, ce qui était mon unique sortie quotidienne dans le monde des réalités, mais qui depuis que je n’ai plus d’automobile, est postée par les soins de ma fille, transformée pour l’occasion en agent de liaison de circonstance et collaboratrice efficace de la construction de cette pièce unique qui grandit de jour en jour et qui finira le jour ou je serai fini ! Alors à suivre…

Avant de poster la carte, Lise m’apporte un sandwich qui est le repas du midi, elle est aussi dans l’intendance ma fille ! Chose vitale quand, seul, on est en première ligne en position défensive pour tenir et continuer le combat…

Provocateur de bobos, des élites de la bien-pensance et des gardiens hautains et zélés de la ligne dure et hermétique de l’art officiel, j’emploie volontairement le langage militaire, d’où « Enfant je voulais devenir militaire ». Je me bats pour l’art, tout comme le soldat se bat pour la patrie ! Je suis dans le don de ma personne pour la réalisation de l’œuvre de ma vie d’artiste franc-tireur, c’est ce que j’appelle l’ART TOTAL !

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Mais bon revenons au déroulement de la journée de travail. Voilà le beau mot prononcé qui est l’essence même de ma vie, le travail et rien d’autre ! Plus important et plus vital que de me faire voir dans les lieux du décorum de l’art qui font l’actualité des exhibitions des égos en compétition et en quête de gloire, je privilégie le travail dans lequel je trouve l’unique justification de ma présence dans ce monde. Par lui et en lui je trouve la paix intérieure, il me donne la force de remplir ma mission en faisant des choses plus ou moins folles aux critères des faiseurs de lauréats du prix Marcel Duchamps (voir FIAC 2013), ou à ceux d’artistes minimalistes pour qui le mot travail est un mot ringard, voir un gros mot ou un blasphème !

La perfection dans la réalisation est ma grande obsession, je ne peux y arriver que par le travail et rien que le travail ! Et si j’imposais qu’il soit fait par d’autres, je mériterais à juste titre le nom d’esclavagiste moderne !

Mais je ne me plains pas, bien au contraire j’en redemande car l’idée de ne plus créer me plonge dans un désespoir mortel. Artiste je le suis par le travail, sans lui je ne suis plus rien ! Je sème sans penser à récolter, je ne suis pas le maître des convenances, je vous le redis, je ne conjugue plus au temps du futur, c’est trop fatiguant !

Alors après huit ou dix heures de travail, arrive le repos du guerrier avec un surgelé mangé devant la télé…

Elles ne sont pas glamour mes journées, elles peuvent même vous paraître spartiates, mais si vous saviez comme j’y tiens, elles sont parties intégrantes de ma vision de l’ART TOTAL !

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« Mystique sans Dieu, l’oxymore vivant a encore frappé ! »

Question 06

M&Y d.F : Nous t’imaginons de plus en plus comme un anachorète reclus dans sa grotte ou dans son arbre au fond de la forêt, alors que nous savons très bien que tous les jours pendant tes séances de travail, tu écoutes France culture et te tiens informé du monde extérieur (politique et culturel). Quels besoins as-tu de te tenir informé de ce monde, n’a tu pas peur de ce qui se construit jour après jour au travers de tous ces nouveaux outils de communication ? Nous parlons du web, de l’ordinateur, de la toile, de surfer, de twitter, d’adhérer à facebook ou à tout autre réseau social … ? Et toi comment communiques-tu ?

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H L : « Mystique sans Dieu, l’oxymore vivant a encore frappé ! »

Ne vivant pas volontairement reclus pour mieux prier dans une grotte pour ermite déconnecté, ni hautement perché dans un arbre centenaire au fin fond de je ne sais quelle forêt lointaine dans laquelle entièrement coupé du monde extérieur, dans une contemplation béate à la New Age je passerais tout mon temps à écouter le coucou chanter, bien que tout cela ne soit pas ma réalité, je dois vous l’avouer, il y a quelque chose d’anachorète en moi, mais avec quelques différences notoires et fondamentales que je vais vous décliner.

Contrairement à l’anachorète hermétique aux bruits de l’extérieur, je n’ai pas fait sauter tous les ponts qui me relient encore un tant soit peu à l’actualité de la réalité d’un monde énervé, agité et bien compliqué, en évolution permanente où toutes les options, surtout celles du pire, sont toujours à venir.

Comme cet ermite de l’extrême, je suis un véritable mystique de l’art total pour ce qui me concerne, car je n’ai aucune religion !

La voilà la différence notoire et fondamentale, artiste moine soldat, je ne suis pas dans la contemplation mais dans l’action, je suis dans le faire, je crois en mon travail, mais je en crois pas en Dieu !

Catholique de tradition, je suis agnostique de conviction, je suis passé à l’action, demandant de me faire débaptiser par les autorités religieuses de ma région, me mettant en règle et en accord avec ma conscience de non-croyant.

N’y voyez pas surtout l’acte ou le geste faussement héroïque ou facilement provocateur d’un fanatique athée du genre bouffeur de curés à tous les repas, mais voyez plutôt la démarche sincère d’un homme libre voulant être en accord parfait avec lui-même, sans avoir à trahir ou rendre des comptes et surtout ne pas subir les diktats du dogme d’une religion non choisie qui n’est plus mienne.

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« Si tu veux pouvoir supporter la vie, soit prêt à accepter la mort. » Sigmund Freud.

Tourmenté chronique, je suis venu à la vie après la mort du petit enfant que par ma naissance j’ai remplacé un bien lourd héritage à porter dans un non-dit qui se voulait protecteur, l’enfer est toujours pavé de bonnes intentions ! Mais hélas, la fissure était bien là et j’ai toujours eu beaucoup de mal à accepter le diktat de cette maudite réalité qui me chassa comme un pauvre manant du royaume illusoire et virtuel que j’avais bâti de toutes pièces, dans lequel j’étais l’unique monarque absolu, un enfant roi capricieux et surprotégé !

Alors je vous prie de croire que la confrontation avec la réalité de l’extérieur fut l’assassinat de mes grandes illusions ! J’avais été roi dans mon singleton, je n’étais plus rien dans la multitude du monde des réalités !

Alors pour ne pas passer entièrement de l’autre côté du miroir et voulant comprendre la nature du mal-être intérieur qui me dévorait, j’ai entamé une analyse freudienne pure et dure à la recherche de moi-même. Un travail sur moi bien difficile et grandement laborieux qu’aujourd’hui encore je poursuis et qui m’a permis de plus ou moins m’adapter à la vie en mode survie, et surtout de ne pas prendre mes délires pour des réalités, une véritable performance qui avec l’Art, m’a sauvé ! Se comprendre pour mieux comprendre, voilà une vérité que l’analyse m’a donnée.

« Informé, mais pas trop déformé. »

Ces petites précisions sur la religion et la pratique de l’analyse vous permettront peut-être de mieux cerner, voire de mieux comprendre la complexité de l’homme artiste que je suis. Comme je vous le disais, contrairement à l’anachorète coupé du monde extérieur, exilé de l’intérieur, je me tiens quotidiennement informé et au courant de l’évolution d’un monde complexe qui parfois me dépasse, qui me consterne, qui me désespère, qui me révolte, amis qui aussi m’amuse et surtout qui attise ma curiosité compulsive et ma soif d’apprendre et de comprendre, quitte à sombrer momentanément dans une forme désagréable de misanthropie sélective de circonstance qui accentue le mal-être qui est le mien, me donnant ainsi souvent la tentation d’un ultime départ à aller simple pour mon autre ailleurs.

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Longtemps j’ai directement pris en pleine face sans le moindre recul des tombereaux de nouvelles qui font la marche chaotique du monde des réalités, devenant ainsi une victime volontaire de l’addiction à l’information sous toutes ses formes, recherchant à tous les moments la dose quotidienne de poison qui bien naturellement me faisait plus de mal que de bien.

Aujourd’hui, peut-être avec l’âge et l’enfermement dans mon singleton fait poste d’observation, je suis devenu avec le recul une espèce d’ethnologue qui avec curiosité observe et analyse de loin le comportement de ses contemporains devenus pratiquement des étrangers.

« Le monde est une prison où il vaut mieux occuper une cellule individuelle » karl Kraus. (Une bien belle définition du singleton !)

Oui, mes amis, j’aime apprendre et me tenir informé, la politique, la géo politique, l’histoire, la culture sous toutes ses formes me passionnent et nourrissent mon mental, ainsi que mon travail d’artiste, je suis en phase avec mon époque, tellement en phase que bien des fois je me tiens au courant de toutes ces conneries qui font le buzz (comme il faut dire ! ) et contribuent à l’abrutissement des masses en ces temps où triomphe l’anomie, le pire a du bon surtout quand on s’en tient éloigné et qu’on ne s’en fait pas le collaborateur zélé ou, pire encore, le créateur !

Rameur à contre-courant je refuse tous les diktats imposés par la multitude connectée, mais je ne suis pas réactionnaire pour autant,  je ne vais pas partir dans je ne sais qu’elle ridicule croisade d’arrière-garde perdue d’avance contre les nouvelles technologies, je suis un franc-tireur et je combats avec les armes qui me conviennent, les nouveaux outils de communication ne font pas partie de l’arsenal créateur actuel qui est le mien, mais vivant au jour le jour, je ne sais absolument pas de quoi demain sera fait. Dissident en voie d’extinction dans cette nouvelle démocratie des Moi ! Moi ! Moi ! je n’ai absolument pas peur de ce qui c’est construit jour après jour au travers de tous ces nouveaux outils de communication à la portée du premier crétin venu, l’exhibition est-elle de la communication ?

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Quand j’entends les mots réseaux sociaux, je n’ai qu’une seule envie pressante, non pas celle de sortir mon révolver, mais celle de me faire asocial, même avec un triangle noir sur la poitrine !

Mais c’est quoi ce foutoir social où on ne ferait que communiquer ?!?! Moi, je ne communique pas ! Je pense, je parle et j’écris à des personnes réelles et non pas virtuelles, je ne suis pas une agence de presse, ni je ne sais quelles autorités civiles ou militaires qui ne s’expriment qu’en communiqués !

Mes pensées ne se résument pas en cent quarante et quelques signes, ma vie, mon intimité, mes états d’âme, mes avis, mes positions géographiques ou politiques ne regardent que ma personne, la transparence ne passera pas par moi ! Et c’est sans parler de tous ces tombereaux de diarrhées verbales de haine qui, sous couvert de l’anonymat, polluent les dits réseaux sociaux, je n’ai pas besoin de ça pour conforter ma paranoïa latente, confirmer ma misanthropie sélective ou flatter mon égo en manque de reconnaissance !

Alors tout en reconnaissant la force de ces nouveaux outils extraordinaires quand ils sont bien utilisés, volontairement et assumant, j’ai décidé pour le moment de m’en passer quitte à passer pour vieux passéiste, un ringard, un arriéré, voir un demeuré de l’arrière garde des armées des déconnectés pour qui c’était mieux avant, du temps du passé décomposé !

Alors, ni anachorète déconnecté, ni twittos branché, mais Franc-tireur engagé, mes amis, je ne vous ai pas communiqué, mais je vous ai tout simplement parlé avec des mots couchés sur le papier pour un courrier qui vous est adressé…

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« Franc-tireur, c’est tout moi. »

Question 05

M&Y d.F : Franc-Tireur, oui…Mais comment doit-on aborder ton attitude (ce hors-circuit) ? Relève t’elle d’une posture artistique et critique ou politique ?

Tu es comme tous les singletons qui se tiennent à leurs propres règles, dans le temps, la durée sans se soucier du confort moral, financier et mental. Tu nous fais penser à Roman Opalka, Jacques Villeglé, Jean-Pierre Raynaud, On Kawara, et beaucoup d’autres moines réguliers ou séculiers de l’art contemporain. Pour eux, pour toi, pas de confort, toujours avancer dans le doute mais avec cette détermination, cette volonté d’accomplir une oeuvre, une destinée. N’astu pas peur, n’as-tu pas le vertige face au temps qui s’écoule et qui te rapproche de ta mort et de la fin de ton oeuvre ? De plus, ta peur de t’exposer, de te compromettre, ton refus de te vendre, ne vont t’ils pas t’amener à n’avoir qu’une reconnaissance posthume ?

Qu’elles sont tes angoisses d’artiste envers ton oeuvre, nous te parlons de la reconnaissance et de la pérennité ?

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H L : « Franc-tireur, c’est tout moi. »

Franc-tireur, c’est une question vitale de survie en milieu hostile et mortifère. Franc-tireur, c’est ma position et non pas ma posture dans cette grande guerre de positions qu’est la vie dans la tragi-comédie humaine de la société du paraître. Franc-tireur, c’est le choix d’un engagement volontaire et radical pour me battre pour n’être que moi parmi les clones joyeux à postures moutonnières ou à géométrie variable suivant l’air du temps moderne en vigueur. Franc-tireur, c’est mon évolution permanente, c’est mon AGIT-PROPRE à MOI, c’est ma subversion originale, c’est ma dissidence contemporaine, c’est mon artistiquement incorrect, c’est ma vie entière d’homme artiste total face au monde global des intermittents de l’engagement personnel. Franc-tireur, c’est mon choix du hors-circuit balisé payé au prix fort. Franc-tireur, c’est toute ma déraison faite raison pour toujours créer (jusqu’à la mort) et rien d’autre !!! Avec la plus grande des sincérités, la position qui est la mienne est une question de vie ou de mort tout simplement, c’est le combat vital et permanent qui donne l’unique justification de mon existence par le travail produit, sans lui, je ne suis plus rien ! Sans lui, je ne sers plus à rien ! Sans lui je ne supporte plus rien ! Ce n’est pas de la posture et encore moins de l’imposture, mais ce n’est que la réalité pure d’un état naturel tourmenté qui fait qu’impérativement je dois toujours faire afin de toujours être de tout mon être, c’est comme ça et ce n’est pas autrement, je suis artiste et pas autre chose, et c’est tant mieux pour tout le
monde !

Alors cela relève-t-il d’une posture artistique et critique ou politique ? Je répète, ce n’est pas de la posture, mais c’est ma position vitale de combat où l’artistique, le critique et le politique ne font qu’un parmi tant d’autres au service de la réalisation farouche et obstinée de l’œuvre de toute une vie, la mienne !

5-R--interview-Leforestier-09-09-2013-1-4

Roman Opalka, Jacques Villeglè, Jean-Pierre Raynaud, On Kawara, je suis très flatté de vous faire penser à ces quatre artistes que je respecte pour leur total engagement qui a fait la force, l’originalité et la grandeur de leur œuvre artistique. Il est vrai que leur démarche m’est proche , la détermination absolue, la volonté maladive d’accomplir dans le temps une œuvre, une destinée, nous sont communes, je me reconnais modestement en eux, il y a comme un bon air de famille que je ne renie absolument pas ! Mais la comparaison ne va pas plus loin, les situations ne sont pas les mêmes, ils sont dans la lumière de la reconnaissance, je suis dans l’ombre d’un quasi anonymat et la solitude d’une certaine semi-clandestinité qui me protègent tant bien que mal de ma triste réalité actuelle, tout en me permettant de mener à bien ma quête absolue, ma mission terrestre avec mes propres règles que le m’impose et que je respecte à la lettre. Pour avancer dans la carrière il faut savoir faire abstraction de certaines réalités matérielles polluantes, faiseuses de frustrations et terriblement castratrices qui viennent bien vite à bout de la petite volonté de tous ces artistes de posture qui se voyaient déjà…Et qui n’ont rien vu venir, abdiquant ainsi en rase campagne avec armes et bagages, alors que le combat n’est pas encore terminé !

Fuir la réalité me permet de ma réaliser entièrement dans la construction de mon œuvre ! Certes, la chose ne se fait pas dans la douceur du courant portant de je ne sais quel long fleuve tranquille, ici, c’est plutôt du genre « Marche ou crève », et c’est en ramant à contre-courant quotidiennement à bord de ma petite nef du fou travaillant que, dans une certaine tourmente intérieur, j’avance petit à petit, acceptant de plein grès l’enfermement, la solitude, l’anonymat, la désocialisation, la précarité matérielle et j’en passe, toutes ces petites contraintes qui me feraient choisir la mort en général si je n’avais pas mon travail d’artiste en particulier.

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Venu au monde après le décès de celui que j’appelle encore « mon petit frère » que je n’ai jamais connu, bien sûr, car mort avant ma naissance, je suis un grand angoissé de la vie, pour moi vivre est une véritable épreuve dans laquelle je porte un indicible fardeau intérieur qui s’alourdit avec le temps et qui me demande de faire moult efforts pour tenir et résister à la tentation du départ volontaire avec un aller simple pour mon ultime ailleurs qui ne s’appelle pas Venise, survivre dans de telles conditions c’est fatigant !

Alors je m’accroche comme un beau diable et donne toute mon énergie positive pour continuer le travail laborieux entrepris dans une forme de chronicité maladive qui me rassure et m’apaise.

Mais sachez que dans cette affaire, je n’ai pas la moindre certitude confortable mais très aveuglante qui si bien caractérise ceux qui ne doutant jamais, osent tout ! Profondément croyant en la justesse de mon combat chronique de franc-Tireur de l’Art contemporain, je n’échappe pas au doute qui est le lubrifiant de ma foi, faisant ainsi que jamais je ne prends mes délires pour des réalités, échappant alors au ridicule non létal qui aujourd’hui fait recette sur tous les fronts de la société du paraître.

Pour vivre, j’ai besoin de mon travail, mais lui peut survivre sans moi ! Et c’est bien ça qui me rassure en vision optimiste, au point de me rendre l’idée de la mort un peu plus supportable. Mais ne nous voilons pas la face, artiste, j’ai la prétention sérieuse de créer pour demain ! Laisser une trace que je voudrais indélébile, envoyer un message non codé pour des destinataires inconnus en décalage temporel, écrire une histoire originale et personnelle pour trouver une petite place dans le monde de ceux qui ont fait (ou qu’ils font) l’histoire de l’Art contemporain, même à titre posthume je suis preneur ! Donnez-moi vite les papiers pour que je signe de suite des deux mains pour une reconnaissance pour demain ! Comme je l’écrivais précédemment, artiste franc-tireur je ne recherche ni les honneurs, ni les médailles et encore moins l’illusoire lumière aveuglante de la gloire que je laisse aux spécialistes en tous genres et aux m’as-tu-vu qui pour y arriver se bousculent tous au portillon de cette grande foire d’empoigne. Je ne fais pas le bravache pour dissimuler je ne sais quelle amertume, aigreur ou frustration, je ne m’abrite pas derrière l’image éculée de l’artiste incompris pour cacher une vie ratée, mais l’exposition permanente à la lumière du monde de l’Art contemporain m’angoisse, j’aurai peur d’y brûler mes ailes qui me donnent la liberté, alors que la reconnaissance de mes pairs serait la plus belle récompense, je ne recherche pas à être connu du plus grand nombre, mais seulement à être reconnu par ceux que je respecte et qui font autorité en la matière.

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Je crois en la valeur du travail qui n’est la panacée universelle, on peut travailler énormément toute sa vie et ne produire que de la merde, mais j’ai l’audace de croire que ce n’est pas le cas chez moi. Alors c’est plus déterminé que jamais que je poursuis sans relâche mon propre chemin avec toute l’énergie qu’il me reste, car je suis sur la bonne voie et que le temps est avec moi, ce n’est pas pour rien que j’aime ce proverbe chinois qui m’a toujours motivé et qui dit : « Le bœuf est lent mais la terre est patiente ». Je ne fais pas le fier-à-bras. Je ne brasse pas d’air, mon trésor de guerre accumulé durant toutes ces années de travail intensif est bien là pour me le rappeler, même s’il dort au fond de mon bunker de pacotille, il ne demande qu’un jour à être exposé et découvert, sortant ainsi de l’ombre pour trouver la lumière… Je vous le redis une fois encore, artiste franc-tireur en mission, je ne fais que ce que je dois faire, la construction de mon œuvre est l’œuvre de la vie entière !

Toujours vivant et comme si de rien n’était, je continue mon combat ! Pour ce qui est du reste, je ne suis  pas le maître du jeu, alors aléa jacta est, et bien sûr à suivre…

« NOUS AVONS TOUS SI PEUR, NOUS SOMMES TOUS SI SEULS, NOUS AVONS TANT BESOIN QUE NOUS VIENNE DU DEHORS L’ASSURANCE DE NOTRE DIGNITÉ D’ÊTRE. » Ford Madox FORD (Le bon soldat 1916).

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« Entrons dans la carrière… »

Question 04

M&Y d.F : Parles-nous de tes premières expositions, de tes premières ventes. Combien as-tu vendu d’œuvres à ce jour, combien de collectionneurs ont acquis une de tes pièces ? Peut-on voir de tes œuvres dans des musées ou dans des collections publics types FRAC, FNAC, MAC, CAC ou autres institutions au nom bizarre et rébarbatif ? As-tu déjà participé à des foires d’art contemporain comme ART PARIS, FIAC, ART BASEL ou autre ?

Enfin bref raconte nous les 33 années qui ont suivi l’obtention de ton diplôme. Raconte nous ta vie de singleton libre et travailleur. Raconte nous une journée de Franc-Tireur !

4-E--interview-Leforestier-02-09-2013H L : « Entrons dans la carrière… »

Exposer me tourmente… Alors amis des Arts, cherchez à comprendre… Un artiste ça expose. Un artiste ça s’expose. Et le chœur des béni-oui-oui de la norme de dire d’une seule voix : « Un artiste c’est fait pour ça ! Un artiste ça ne sert qu’à ça ! »  Alors artiste, je suis allé me faire voir chez mes contemporains de la norme…

Ici comme ailleurs, on existe qu’à travers le regard des autres, plus on est vu plus on existe, et ça pour moi c’est un très gros problème !!!

A la sortie des Beaux-Arts, diplôme en poche révolver, j’avais en main les cartes personnelles de navigation à contre-courant pour tracer mon propre chemin d’artiste Franc-tireur. Ne pas faire ce qui a été fait et encore moins faire ce qui se fait ! Sortir du lot du made in Art officiel, imposer ma différence pour n’être que moi parmi la multitude des clones du monde de l’art, donner sans retenue ma version originale afin de trouver mon propre style identifiable au premier coup d’œil, bref, avoir la volonté farouche d’être mon travail et de construire une œuvre personnelle d’Art Total jamais encore vue à ce jour. Oui, j’ai cette prétention modeste qui m’est totalement vitale, qui me motive et me permet de tenir dans cet environnement plus ou moins hostile de crétinisation de masse et de nivellement par le bas ! Ne voyez pas là les délires d’un mythomane en quête de reconnaissance, ou je ne sais quel artiste à égo surdimensionné se prenant pour un génie pas encore compris, mais voyez un artiste passionné dans un engagement total ! La passion ça ne s’explique pas, mais ça se vit au jour le jour sans la moindre retenue, ni le moindre calcul carriériste !

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Bénéficiant d’un bon bouche-à-oreille et de soutiens amicaux, les premières propositions d’expositions sont arrivées pour entrer dans le concret, l’heure de se faire voir était venue.

A Caen en 1982, sur invitation de Joël Hubaut, je faisais ma première exposition personnelle à « L’ESPACE NOUVEAU MIXAGE » où je présentais plusieurs séries de sous-verres appelées « scènes de la vie quotidienne » accrochées aux murs, le sol, lui, était recouvert de capsules de bouteilles de bières de ma propre consommation, ce qui ne manqua pas de créer un effet sonore spécial avec le piétinement des visiteurs aux pieds surpris mais complices involontaires.

Je ne sais pas si j’interprète, mais il me semble qu’il régnait à cette époque une espèce d’effervescence joyeuse et créatrice qui trouvait sa place dans des lieux alternatifs et petites galeries underground sans réelles préoccupations marchandes et mercantiles, rien à voir avec l’état d’esprit actuel que me dépasse et me fatigue, pour ne pas dire autre chose ! Je ne suis pas un nostalgique car ce n’était pas mieux avant, mais aujourd’hui c’est pire !

Mais bon, je ne vais pas vous passer en revue tout mon curriculum vitæ d’inconnu avec ses expositions personnelles et collectives dans des endroits aujourd’hui disparus, autant de batailles oubliées pour la gloire, mais dans lesquelles j’ai appris ce qu’était pisser dans un violon dans le monde de l’Art contemporain d’en bas !

Il faut vous dire aussi que je n’ai jamais rien demandé à qui que ce soit pour exposer mon travail ! Ce n’est pas un titre de gloire pour un artiste rebelle de posture, mais c’est la réalité de mon handicap ! Demander, m’imposer, courtiser pour avoir une place dans la lumière, ça je ne sais pas faire ! Ça je ne peux pas faire ! Ça me rend malade au sens premier du terme ! Je suis artiste 24 heures sur 24, je suis dans un engagement total où seul le travail compte, je ne suis pas un représentant de commerce qui cherche à tous prix à placer sa marchandise pour être dans la lumière artificielle d’une gloire éphémère ou usurpée ! Artiste Franc-tireur, mon combat est de créer pour demain, même si aujourd’hui je suis dans l’ombre d’un quasi anonymat, je fais ce que je dois faire, c’est un choix que j’assume et voir même que je revendique !

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Revenons au petit palmarès du combattant de l’ombre. En février 1983 j’ai exposé, sur proposition de Joël Hubaut, à la galerie Lara Vincy.  Mon travail a reçu un bon accueil du public, j’ai même eu la bonne surprise d’avoir à cette occasion une pièce achetée par le FNAC qui venait de voir le jour. Première vente de ma vie d’artiste, et mon premier acheteur était l’Etat fait mécène, collectionneur, voir conservateur, car ma pièce doit bien dormir dans un placard au fond de je ne sais quelle réserve de la noble institution !

Suite à cette vente, Liliane Vincy me proposa un projet d’exposition personnelle auquel je n’ai pas donné suite ! (Quand je vous dis que je ne sais pas faire…)

Puis il y a eu le musée de Coutances, la CAC Basse-Normandie, la galerie « La Mauvaise Réputation » où j’ai vendu trois belles pièces, la galerie Grandville-Gallery qui ensuite m’a présenté à la foire d’Art contemporain SLICK 2008, la biennale d’Arts Plastiques de Villeneuve-la –Garenne, invité par Jacques Villeglé.

Le FRAC Basse Normandie m’a acheté une pièce en 1998, cette dernière vit sa vie et est exposée régulièrement dans des musées, des galeries associatives et dans des lycées et collèges de la région. J’ai quelques collectionneurs, j’ai vendu une quinzaine de belles pièces. Beaucoup d’amis artistes ont de mes petites pièces offertes ou échangées.

FNAC ! FRAC ! MAC ! CAC ! BOUM ! HUE ! Je ne sais pas me vendre !

FNAC ! FRAC ! MAC ! CAC ! BOUM ! HUE ! Artiste Franc-tireur, je suis quasiment hors circuit officiel, mais dans l’ombre je continue mon combat avec pour unique mot d’ordre : « TENIR POUR ALLER jusqu’au BOUT ! »

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« Une journée de Franc-tireur »

« LE SEUL ARTISTE ENGAGE EST CELUI QUI, SANS RIEN REFUSER DU COMBAT, REFUSE DU MOINS DE REJOINDRE LES ARMEES REGULIERES, JE VEUX DIRE LE FRANC-TIREUR » (C’est un ami allemand qui m’a fait découvrir cette citation, il pensait à moi et mon travail…). Le Franc-Tireur es un combattant volontaire et solitaire de l’ombre, il n’appartient pas aux armées régulières, il ne défile pas au pas cadencé, il n’obéit pas aux ordres, il n’a pas de chefs, il ne recherche pas les honneurs ni les décorations, son rôle est la clandestinité pour mieux tirer, il donne sa vie entière pour son idéal de liberté, et dans une abnégation totale choisie, avec les armes qui sont  les siennes, il fait seulement ce qu’il doit faire ! Depuis toujours, en tant qu’artiste, je suis dans cette position du missionnaire soldat qui crée pour demain.

Jamais pendant ces 33 années je n’ai arrêté de travailler, même quand j’étais au fond du trou des tristes réalités je me suis toujours accroché solidement à cette bouée de survie qu’est mon travail ! Il est ma raison de vivre, il est ma justification d’être humain toujours debout, avec lui nous ne faisons qu’un dans mon singleton, par lui je résiste face aux adversités d’une médiocratie que j’abhorre, je lui dois tout, je lui donne tout et il me rend LIBRE !

Chaque jour qui passe, inlassablement je trace mètre par mètre mon propre chemin dans le monde de l’Art contemporain. Véritable travail de néo-stakhanoviste, c’est dans un enfermement volontaire que je mets toute mon énergie pour la réalisation de cette œuvre de toute une vie. Pour y arriver, j’ai choisi l’ombre de mon bunker de pacotille bien illusoire et gravement poussiéreux, j’accepte les conditions matérielles qui se dégradent, je supporte une forme de solitude nécessaire mais parfois pesante qui me fait dire que si j’étais mort, je ne serais pas plus dérangé ! Je survis au jour le jour dans une espèce d’anonymat protecteur où les jours se répètent en étant toujours les mêmes, j’ai une vie quasi monacale de moine soldat qui chaque matin monte à la tranchée pour y livrer son combat constructif pour la bonne cause, aux prix d’une certaine désocialisation choisie et assumée. Certes, je vis en une espèce de décalage horizontal revendiqué, loin de la lumière du paraître qui fait la célébrité dans notre société, mais de me plaindre j’aurais bien tort, car avec et par cette position je peux sans la moindre hésitation, tenir pour continuer jusqu’au bout mon combat de Franc-Tireur de l’Art contemporain !

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« Artiste né pour un art total, ils ont fait de moi un adulte handicapé…ou psychothérapie à fragmentations »

Question 03

M&Y d.F : Donnes-nous la suite de l’histoire maintenant que tu es artiste et libre ? Parle nous des années qui ont suivies ces années d’études et de l’obtention de ton diplôme. Parle-nous du marché de l’art et ton quotidien d’artiste (ton mariage, la naissance de ta fille, ton divorce, tes petites boulots, les excès en tous genres, ect). Enfin bref comment vis-tu ou survis-tu ?

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H L : « Artiste né pour un art total, ils ont fait de moi un adulte handicapé…ou psychothérapie à fragmentations »

Diplôme en poche, j’entre dans le dur. Alors fini la rigolade et bonjour la grande illusion !

J’ai toujours eu un gros problème avec ce que j’appelle le monde des tristes réalités, celui de la norme et de l’intégration pour faire sa place en tant que citoyen acceptant les règles du jeu, qui, pour moi était pipé d’avance.

Bien sûr, j’ai voulu faire comme tout le monde en passant par la case travail, famille et tout le tralala qui va avec…Dans ce jeu infernal comme un combattant involontaire qu’on envoi à l’abattoir pour assumer mon rôle de mari et de père, je suis entré dans l’éducation nationale comme maître auxiliaire en arts plastiques, devenant ainsi un professeur subalterne au rabais, un supplétif précaire, une espèce de harki bouche-trou corvéable à merci que l’institution expédie comme remplaçant sur tous les fronts hostiles de l’académie scolaire de Basse Normandie. Enseignant nomade contraint en exil, j’ai connu la notion du temps volé et assassiné en faisant un travail pour lequel je n’étais absolument pas fait !

Enfant je n’ai jamais aimé l’école. Adulte, je suis devenu professeur par obligation et cerise sur le gâteux, mon ex-femme était institutrice !!! Vous ne trouvez pas que cela fait beaucoup pour un seul homme comme moi ? ! ? !

J’ai joué honnêtement le jeu, mais j’ai bien failli en sortir les pieds devant, tout cassé de l’intérieur, cherchant la fuite en me véhiculant en autodestruction.

Alors c’est la grosse dépression avec le départ à l’ouest pour un aller simple, arrêt longue maladie, expertise d’un psychiatre agréé mais très compréhensif qui me proposa à la réforme et enfin la commission des experts qui valida la décision de me mettre définitivement sur la touche et de me rayer des cadres pour inaptitude physique ! (cela ne s’invente pas). Artiste né pour un art total, ils ont fait de moi un adulte handicapé, avec pension et carte d’invalidité égal ou supérieur à 80% !

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Marié un mois après l’obtention de mon diplôme, je suis devenu le coauteur d’une tragi-comédie nommée « Ma grande illusion ! » qui resta à l’affiche quatorze années. Il faut dire que j’y ai été un très mauvais acteur ! Je ne maitrisais ni l’histoire ni le scénario, et là encore la réalité dépassait ma fiction !

Mon ex-femme à qui je n’ai rien à reprocher car exemplaire dans son rôle d’épouse a supporté la situation jusqu’à la limite du supportable, et pour son bien, et pour le mien, elle décida de mettre fin à cette triste histoire, courageusement elle me quitta pour se sauver et me sauver ! (j’ai arrêté de boire et de me ronger mes ongles ! ). Le mariage fut un échec, le divorce une réussite ! J’en ai tiré les leçons et je suis devenu anti-mariage par inaptitude !

Mais tout n’est pas noir, car de cette union est née Lise, ma fille bien-aimée, ma fierté, ma réussite de père. Toujours présente à mes côtés quand j’ai besoin d’elle. Elle est l’un de mes soutiens indéfectibles, son aide m’est vital et me permet de TENIR dans ce monde des tristes réalités ! De plus, elle assure la logistique dans la construction de l’œuvre unique qu’est « CORRESPONDANCE DE (ma) GUERRE » en postant quotidiennement la carte que je vous adresse. Tout ce que je fais lui reviendra de fait ! « Merci ma grande d’être qui tu es. »

« MA REGLE DU JE » Artiste libre, durant toutes ces années, j’ai pratiquement tout connu et enduré pour ne plus l’être !

Dans cette tentative d’assassinat prémédité la réalité coupable qui voulait que je sois celui que je n’étais pas, par tous les moyens possibles, m’hurlait de la fermer et ainsi de rentrer dans le rang de la norme une bonne fois pour toutes ! Et pour cela, ça n’a pas fait dans la dentelle ! On a sorti la grosse artillerie pour pilonner et anéantir ma défense, tout le monde s’y est mis, la coalition des malfaisants liguée pour « homicider » l’artiste en moi ! « Ne joue pas à l’artiste » « Je tolère ton travail » PAN !!!

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Deux petites phrases assassines qui me disaient que le couple avec ses règles et devoirs, n’était qu’un piège mortel qu’il fallait absolument détruire par tous les moyens du bord ! Alors, c’est par moi que j’ai commencé la destruction. L’alcool, la grande fuite en avant, le suicide à petit feu, je cherchais l’ivresse, je ne trouvais que le caniveau ! La grosse dépression avec vin mauvais, le mal en soi, le voyage organisé en enfer domestique, le désespoir pour la Fin et tout ce qui va avec…

Bon j’arrête là la description du tableau noir sur fond noir. Ce n’est pas agréable et je ne suis pas là pour me plaindre au bureau des lamentations. Mais sachez que tout pendant cette période difficile, même au fond du trou normand, vidé, froissé comme un petit sac en papier, je n’ai jamais cessé de travailler ! L’artiste est résistant, il est un combattant inoxydable avec la rage dedans, et l’ART est son arme « résilience » salvatrice et absolue pour imposer son unique Règle du JE !!! « ARTISTE AU QUOTIDIEN AU MARCHE DE L’ART CONTEMPORAIN » Artiste libre, il n’y a que quand je travaille que je suis bien !

Le monde et le marché de l’art avec tout le décorum, les postures en « pole position », exhibitions personnelles ou collectives, les réseaux d’amis de circonstance, le bla bla indigeste et hermétique des initiés, la cour aux hauts placés, les courbettes aux influents, à tous ceux qui ont le bras long et l’oreille du ministère de la culture officielle subventionnée. Des relations, il faut des relations pour se vendre aux plus offrants ! La recherche obsessionnelle et maladive de la gloire artificielle et éphémère, quitte à perdre son âme, l’avoir pour être, paraître et se faire voir à tout prix dans les espaces reconnus de l’institution du pouvoir culturel, tout ça je ne peux pas le faire. Je ne sais pas le faire ! Ca me fatigue, ça m’angoisse, ça me perturbe car ce n’est pas de l’ART pour MOI !!!

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Mais avoir la reconnaissance de mon travail par mes pairs que j’aime, que je respecte, qui font autorité dans le milieu de l’ART, qui comprennent mon message et me donnent leur soutien, leurs encouragements et leur amitié, là je suis preneur et j’aime ça !

Tout comme pour les bien comprenant de ma démarche, les amis sincères, le petit nombre de collectionneurs fidèles et avertis, les soutiens indéfectibles, ma famille proche, ma mère, Lise ma fille et Virginie ma tendre bien-aimée qui tous me donnent de la force pour tenir et continuer le combat de ma vie !

Alors avec pareil soutien, je m’accroche au quotidien, consacrant quasiment tout mon temps et mon énergie à mon travail qui fait que la survie dans cette vie sans vie confortable et mondaine m’est supportable ! Pauvre au niveau des finances, dans ma tête je suis immensément riche par et avec l’ART !

P.S. aux mal-comprenant : Je ne suis ni un adolescent attardé, ni un aigri amer, ni un jaloux teigneux, ni un révolutionnaire revanchard… Mais un Franc-Tireur !

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« Ce n’était pas mieux avant, mais aujourd’hui c’est pire ! »

Question 02
M&Y d.F : Parles-nous de ton expérience face à l’institution scolaire et universitaire. De mémoire tu nous avais raconté lors d’une soirée tes rapports ambigus avec des professeurs, que tu qualifiais de Staliniens ou plutôt de Crypto-Staliniens, se réclamant du mouvement « Supports surface ». Tu avais insisté sur le fait que non seulement ils ne te comprenaient pas mais qu’en plus ils t’avaient pourri tes premières années d’étudiant jusqu’à l’arrivée de Joël comme professeur dans cette école ?
Tu viens de faire référence à ton diplôme des beaux-arts obtenu à l’école de Caen. Peux-tu en parler plus longuement, le décrire dans tous ses détails et nous expliquer tes états d’âme de l’époque.

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Coutances 02 août 2013

2-R--interview-Leforestier-02-08-2013-1-4L’institution scolaire, ce véritable moule à beaufs intégrables et cette broyeuse de la différence, fut pour moi un véritable chemin de croix parsemé d’embûches réelles et de chausse-trapes vicieuses, un véritable parcours du combattant non volontaire que j’étais, dans lequel j’ai appris à mes dépens l’ennui de l’ennui, ainsi que l’impossibilité de m’adapter aux règles de la norme imposée, et où j’ai connu mes toutes premières désillusions dans ce triste monde des réalités ! A l’école je n’ai jamais trouvé ma place…
Alors pour tenir dans cet environnement hostile, je me suis fait rebelle docile et poli, donnant l’image d’un élève laborieux, mais bien élevé qui faisait tout ce qu’il pouvait pour essayer de réussir, alors qu’en réalité j’étais entré en clandestinité intérieure dans laquelle je pouvais rêver à toute autre chose, sans faire de bruit, j’étais devenu totalement hermétique à l’enseignement officiel.
A la vue de mes médiocres résultats, l’institution et ses sbires zélés m’orientèrent vers une filière manuelle non choisie pour y passer un C.A.P de dessinateur industriel que j’ai obtenu par miracle et surtout grâce à l’aide et la solidarité de mes camarades plus doués et motivés que moi !
C’est vous dire que tout comme le communisme et son paradis des travailleurs, mon bilan scolaire était globalement négatif et dans ce bas monde des tristes et dures réalités dans lequel je n’avais pas encore trouvé ma véritable place, mon avenir de futur suicidé m’était grand ouvert !
Mais c’était sans compter avec la rencontre salvatrice d’un jeune maître auxiliaire diplômé des Beaux-Arts qui, voyant que j’aimais ses cours et que mes résultats « artistiques » n’étaient pas mauvais, me conseilla de tenter le concours d’entrée à l’école des Beaux-Arts qui à l’époque était encore ouvert aux impétrants avec le niveau B.E.P.C. !
Alors avec le soutien total de ma mère, j’ai passé ce concours qui grâce à la bonté, l’indulgence et la compréhension de certains membres du jury, m’ouvrit les portes des Beaux -Arts pour que commence la grande aventure…

2-R--interview-Leforestier-02-08-2013-2-4.jpg« A la découverte d’un monde inconnu. »
A l’école des Beaux-Arts, j’entrais en terre inconnue, moi qui venait d’un monde ouvrier où l’art n’était ni une priorité, ni une connaissance intime, mais un vide qui n’empêchait pas de vivre heureux dans cette culture ouvrière venant de mes parents. Je ne veux pas faire dans le cliché de la lutte des classes, mais pour ce qui était de la culture de l’art j’étais quasiment vierge, mais non marri et ne demandais qu’à apprendre…
Alors avec la meilleure des volontés du volontaire, je partais la fleur au fusil à la conquête de ce monde inconnu de l’art qui, en l’occurrence, était bien poussiéreux et figé dans le temps d’avant sentant bon la térébenthine et la peinture à l’huile, mais dans lequel j’ai appris les bases anciennes auprès de veux professeurs artistes fonctionnaires totalement dépassés, une vieille garde sclérosée mais sympathique. Je garde un souvenir tendre de ces deux années un peu potaches qui m’ouvraient les portes du deuxième cycle…
1976, révolution culturelle aux Beaux-Arts de Caen ! C’est le débarquement tonitruant des jeunes avant-gardistes aux dents longues de l’art contemporain fonctionnarisé pour la bonne cause qui vont faire table rase du passé dépassé ! L’heure des purges est arrivée ! Alors fini le vieil art mort totalement ringardisé ! Place à « Support Surface » qui arrive avec la vérité des convaincus qui ne doutent jamais ! C’est la libération des masses abruties qu’il faut remettre sur la bonne voie, de gré ou de force ! Maintenant c’est peinture analytique à tous les étages ! Le chiant se fait Art Officiel obligatoire à enseigner dans toutes les bonnes écoles des nouveaux Beaux-Arts !!!!
Alors, par cette terreur artistique imposée, me voilà embarqué de force sur ce « Potemkine » de bla-bla-bla analytiques commandé par de petits timoniers bornés et intolérants, mais bientôt amers déchaînés.

2-R--interview-Leforestier-02-08-2013-3-4« Première révolte au grand jour ! »
« Viallat, nous voilà avec notre cargaison de petits jeunes convertis remis dans le droit chemin de la seule, de l’unique et de la vraie création de la petite subversion subventionnée de l’art contemporain officiel » (de l’époque bien sûr !).
Un an de galère à ramer dans le sens du courant à en perdre âme et personnalité, suivisme moutonnier, posture d’imposture, on avance masqué. Dégoût des couleuvres à avaler. Bordel ! Il faut quitter le bateau ! C’est le sauvetage salutaire et salvateur par la mutinerie aux éclats vengeurs ! C’est l’entrée dans la dissidence contemporaine, quitte à devenir un béni-oui-oui ! De plus, je ne suis pas seul, d’autres « pommes pourries (terme employé pour désigner les dissidents par le professeur de « Support-surface) » y sont aussi… « Pas vrai Jean-LucAndré ? »
Alors faisons ce que nous voulons faire contre vents mauvais et marées version tempête, face aux foudres de guerre déclarée des intolérants crypto-Staliniens du pinceau et de la folie libre ! (Mais qui se souvient de « Support Surface » ???)
Première révolte au grand jour ! Ostracisme temporaire assuré ! Traversée obligatoire du
désert de l’incompréhension ! Les comptes, un jour, seront à régler et l’addition des rancunes sera lourde ! (Je ne pourrais pas payer et n’aurais pas mon diplôme du premier coup ! Défait dans la défaite, un membre du jury me dit de persévérer…)
Mais miracle ! Un génial capitaine corsaire allié au soutien indéfectible est arrivé pour renverser la table de l’ordre établie, et pour changer l’air du temps vicié. Je veux citer le grand artiste Joël Hubaut, l’ami depuis 1977 qui fit une révolution libertaire dans laquelle nous pouvions librement nous exprimer…

2-R--interview-Leforestier-03-08-2013-4-4« Plus rien à perdre, mais tout à gagner ! »
Rennes, juin 1980, l’ultime tentative pour décrocher ce sacré D.N.S.E.P. qui à mes yeux, me donnerait toute légitimité pour continuer mon combat de Franc-Tireur et artiste singulier en toute liberté !
Alors, remonté à bloc, avec une volonté farouche d’en découdre et prêt à vendre chèrement ma peau, je transformais mon stand tir à vue en une chambre d’enfant, avec papier peint aux murs, sur lesquels j’accrochais des dizaines et des dizaines de sous-verres de mon travail, une étagère avec de petits volumes créés, des jouets militaires d’enfant, ainsi qu’un tourne-disque avec marches militaires et un drapeau tricolore ! En sorte une véritable installation dont le titre était « Enfant je voulais devenir militaire ».
Revêtu d’un imperméable militaire américain et coiffé d’un casque allemand, j’étais fin prêt pour l’assaut final, façon performance Kamikaze, au son du clairon et de la « Marseillaise » qui sur ordre du président du jury, fit mettre au garde-à-vous l’ensemble des examinateurs, en tant que représentants de l’état ! Déjà une petite complicité s’installait avec ce cher homme sensible et plein d’humour. Mais rien n’était gagné et les premières salves tueuses et inquisitrices étaient tirées par des observateurs hostiles car décontenancés par les choses présentées !
Alors il fallut défendre pied à pied, argumenter, expliquer, justifier dans un véritable corps à corps où j’étais seul contre un jury ! Ce n’était pas une mise à mort, mais une espèce d’interrogatoire très musclé, ils faisaient leur boulot, moi je me défendais avec la plus grande des sincérités. C’est alors que le président Bonnier me prit pardessus l’épaule et me raconta une anecdote touchante datant de son enfance pendant la guerre, et présenta aux autres examinateurs des travaux avec textes qu’il aimait, me demandant si je connaissais je ne sais plus quel poème d’Arthur Rimbaud, lui répondant par la négative, il me conseilla à l’avenir de continuer à écrire…Chose que je fais toujours aujourd’hui dans mon travail ou l’écriture tient une place essentielle.
Voilà comment j’ai obtenu mon diplôme de haute lutte, et ce jour de juin fut pour moi l’une de mes plus belles victoires ! J’étais heureux pour moi, pour ma mère et tous ceux qui m’avaient soutenu. Maintenant, je me sentais légitime et libre d’entrer dans la carrière que je n’ai jamais quittée et que je ne quitterais jamais ! Je suis artiste jusqu’à la mort ! Mon travail me rend libre, je lui dois tout ! Je lui donne tout ! Alors vive l’ART TOTAL !

« Baptême du feu. »

Question 01

Michèle & Yves di Folco : En 2000, lors d’un vernissage de Joël Hubaut au CAC d’Hérouville Saint-Clair, nous faisons la connaissance d’un homme sec, vêtu d’un long manteau de cuir noir, portant sur ses revers relevés une ribambelle de médailles et décorations russes. Ce dernier avait le cheveu court, plaqué en arrière et était chaussé d’une paire de lunettes rondes et noires. Là devant nous se tenait un personnage de bande dessinée, entre Mitsuhirato dans Tintin et le Lotus bleu et Blake dans Blake & Mortimer, quelqu’un d’irréel et de pourtant bien vivant. Peux-tu nous présenter cet homme ? Nous dire qui il est et se qu’il attend de sa vie et de l’art ?

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Coutances 23 février  2013

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Hervé Leforestier :

« Baptême du feu. »

Vous ouvrez le feu ! Boum !!! C’est l’heure, il faut sortir de la tranchée la peur au ventre face aux inconnus, se mettre à nu devant eux et jouer le jeu difficile d’une certaine forme d’exhibition pour se raconter, voir se justifier dans cette société du paraître où la transparence est devenue le must de la contemporanéité. Pan ! Alors, « En avant et courage on les aura ! ».

Enfant je voulais devenir militaire, (titre de l’installation présentée en 1980, lors du passage réussi du diplôme des Beaux-Arts) mais réfractaire au troupeau uniforme et  moutonnier et peu enclin à la discipline militaire et hiérarchique, pour être et trouver ma place, tout naturellement, je suis devenu artiste, créant le seul singleton de l’art contemporain, appelé : A.F.T.P.P.F (Artiste Franc-Tireur Partisan Plasticien Français) avec pour mot d’ordre fondateur et permanent : « Courage on les aura ! ».

Gémeau, ascendant schizophrène, véritable oxymore vivant, mon engagement artistique est total dans une guerre pacifique de création massive qui m’est propre, je suis un artiste soldat conceptuel expressionniste et singulier du contre-courant, voire de la contre-culture et pour combattre comme un malade bien portant mes armes sont le travail qui rend libre de tout, la ténacité du sapeur pionnier, le détournement abusif, la subversion originale, l’Agit-propre à moi, l’histoire et son passé décomposé recomposé de circonstance, la dérision massive, l’auto dérision extrême, la misanthropie positive, l’humour à presque tous les étages et surtout la liberté du Fou et du Poète de l’aristocratie libertaire, le tout au service unique de l’ART TOTAL et rien d’autre !!

La mémoire est ténue et parfois transforme la vérité. Le long manteau n’était ni de cuir, ni noir, mais fait d’un tissu gris comme internet.