Avant la rencontre… Avant l’Atelier d’Aquitaine… Avant l’histoire !

Ce qui suit est un état de la situation de chacun des trois créateurs de l’Atelier d’Aquitaine juste avant l’avènement de celui-ci. Il nous semble nécessaire et important de bien marquer ce moment où les trois fondateurs de l’Atelier d’Aquitaine se rencontrent afin de bien comprendre l’intérêt des trois protagonistes à faire route ensemble.

Michèle & Yves di Folco

Comme nous vous l’avions expliqué dans notre premier article (la genèse d’un blog), nous n’avons pas l’habitude de communiquer sur nous et n’en avions pas jusqu’à ce jour la nécessité. Donc, pas de référence, pas de livre ou autre document nous concernant. Aussi nous allons essayer d’être les plus concis et précis sur notre passé avant le 22 juillet 1997.

Nous nous rencontrons en décembre 1980 et après trois mois de rendez-vous assidus, nous décidons de sauter le pas et devenons amants. Un soir de juillet 1982, alors qu’Yves se trouve en stage de gendarmerie à Chaumont, Michèle lui téléphone et lui annonce qu’elle désire l’épouser. Elle vient juste d’avoir 18 ans (en mars) et elle est bien déterminée à vivre avec lui. Yves refuse, prétextant qu’ils sont trop jeunes et qu’il vaut mieux attendre encore une ou deux années. Malgré ce refus, le lendemain, Michèle se rend en mairie de Barbaste (47) et fait publier les bans. Nous nous marrions le 11 septembre 1982 !

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De notre union naissent trois merveilleux enfants, Camille le 4/1/87 et Alice et Quentin le 8/8/88. Ces derniers seront partie prenante de l’aventure de l’Atelier d’Aquitaine ! Vous allez les retrouver plusieurs fois dans cette incroyable histoire, non pas comme des spectateurs passifs, mais bel et bien comme des intervenants, acteurs directs de l’Atelier d’Aquitaine.

Ayant arrêté nos études au Bac pour Michèle et en première B pour Yves, nous avons comblé toutes nos carences (faute d’études supérieures) par la passion. Être autodidacte demande avant tout de ne pas le rester « professionnellement ». Pour se faire, nous ouvrons grand nos yeux et nos oreilles et surtout nous lisons, tous les jours. Le doute est notre quotidien.

1982/1996

Dès 1982, nous courons les salles des ventes, les brocantes et boutiques d’antiquités en Aquitaine à la recherche du « mouton à cinq pattes ». Plus tard (à partir de 1987/88), notre objectif s’oriente vers les artistes contemporains (vivant et pouvant parler directement de leurs œuvres). Être au plus près de la création, voilà ce qui va nous passionner.

Nous créons en 1990 la galerie Vers Les Arts à Niort (plus de dix expositions en trois ans), qui donnera ensuite vie aux Editions Vers Les Arts à Nérac. Ce lieu fermera en janvier 1993, et plus jamais nous n’ouvrirons de boutique ou magasin. Ce métier est beaucoup trop contraignant et demande une trop grande disponibilité. Nous ne voulions pas passer à côté de la création en restant enfermé entre quatre murs  à attendre l’amateur occasionnel ou le collectionneur averti. Nous voulions vivre l’art au plus près, voir les œuvres se réaliser. Ce luxe, nous l’avons pris en ayant plus ou moins conscience de tous les déboires financiers que cela pourrait impliquer !

Dès 1991, nous sommes attirés par des artistes plasticiens verriers et décidons aussitôt de publier des ouvrages conséquents sur eux et leurs œuvres. Vont paraître successivement : « Yan Zoritchak (1991) – Matéï Négréanu 1993 – Ceci n’est plus du verre ( 1994) ». Le dernier livre sera la rupture avec ce monde qui ne nous convenait plus. Nous y avons rencontré de très belles personnes, dont certaines sont toujours de nos amis (Matéï Négréanu, Alain & Marisa Bégou, et autres).

1995. Profitant d’une grosse crise dans l’immobilier, nous faisons l’acquisition pour la modique somme de 60.000 €, d’une chartreuse du 16ème siècle, entourée de 4 hectares de très bonne terre agricole. Le Marteret, va devenir l’outil principal de notre histoire liée à l’art contemporain. Cette bâtisse de l’époque d’Henry IV est située en pleine Gascogne et domine (c’est un des points le plus haut de la région) les Landes, le Gers jusqu’au Pyrénées.

La même année, Michèle prend la décision de « nous » orienter vers l’art contemporain et convainc Yves de la suivre dans cette voie. Nous rencontrons Liliane et Michel Durand-Dessert, galeristes de renom, officiant rue de Lappe à Paris. Nous leur achetons coups sur coups un tableau de Gérard Garouste (L’homme à la veste verte, 1984, 2 X 3 m) et un tableau de Yan Pey Ming (L’homme le plus radieux, 1995, 2 X 3 m). Afin de régler ces achats, nous revendons une bonne partie de notre collection de sculptures en verre. Dans la foulée, nous achetons en salle des ventes, un immense Paul Rebeyrolles (Les bérets verts, 3,08 x 2,49 m), nous apprendrons par la suite que cette œuvre est issue de la collection personnelle d’Aimé Maeght. S’ensuivra l’achat de diverses autres œuvres comme Hucleux, George Rousse, Yvon Taillandier, Pierre Molinier, etc, à des marchands de province. Surtout ne rêvez pas : à cette époque, Yan Pey Ming ne coûte que 10.500 € et Rebeyrolle 10.000 €. Si nous précisons ces chiffres, c’est qu’à cette époque le marché de l’art sortait timidement d’une grosse crise et beaucoup d’artistes étaient loin de leur côte actuelle. A l’époque nous achetions au feeling et aux ressentis. La passion était notre moteur et une forme d’analyse logique nous poussait à faire ces acquisitions au dessus de nos moyens. Nous avions entendu dans un interview Pierre Cornette de Saint-Cyr répondre à la question : « que faut-il pour faire un bon collectionneur ? », sa réponse a été : « Collectionner au-dessus de ses moyens ! ». Bien sûr, quelle autre alternative ? L’art n’est pas pour les raisonnables, les tièdes ! Voilà comment nous voulons le vivre, « tout à fond live » pour citer Didier Wampas ! Grâce à ces achats, nous comprenons que l’art offre à la pensée une envergure d’investigation infinie.

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Toutes ces acquisitions se font dans l’insouciance totale, aucune connaissance particulière et très peu de lecture, cela changera très vite ! De plus, la même année, en juin, nous sommes reçus par Roman Opalka en sa demeure Gasconne située à l’époque à une demie heure de chez nous. Rencontre fondamentale ! Huit heures d’entretien le premier jour à Bazérac et onze heures le lendemain au Martéret. Opalka, voyant notre enthousiasme et notre passion à découvrir l’Art, nous conseille de nous rendre à Venise voir la biennale d’Art contemporain.

Venise 1995, année de la présentation de Bill Viola au pavillon américain, César au pavillon français, tous les plus grands chinois sont présentés pour la première fois en exposition internationale de prestige, et surtout l’exposition « Identité Altérité » de Jean Clair. La thématique à nos yeux est irrecevable et tendancieuse, mais nous a permis de rencontrer tout l’art du XXème siècle sous forme de « reader’s digest », nous avions sous les yeux des œuvres de Duchamp, Bacon, Lucian Freud, Eugène Leroy, Chirico, Louise Bourgeois, Magritte, Man Ray, impossible de tous les citer. Un feu d’artifice, nous sommes sonnés et incapables sur le moment de comprendre à quel point nous venions d’être bouleversés. Au retour, nous nous arrêtons sur le port de Nice et découvrons des œuvres socio-politiques et quelques « affiches lacérées » de Villeglé dans la galerie de Christine Lechanjour. Nous sommes intrigués et intéressés par ce travail, ce qui nous permettra en octobre de nous porter acquéreurs en salle des ventes de Versailles d’une œuvre ancienne « rue Léon Jost, 7 décembre 1974 – 76,5 x 95 cm », pour la modique somme de 5640 € frais inclus. Début 1996, nous prenons contact téléphoniquement avec Villeglé et cette histoire commence.

Villeglé

Que dire si ce n’est que c’est un grand artiste, avec une carrière longue de presque 49 ans, co-fondateur d’un des plus grands mouvements artistiques du XXème siècle « Le nouveau réalisme ». Vous faire l’inventaire de sa biographie et bibliographie serait long, fastidieux et inapproprié à ce blog. C’est dit et c’est incontestable, Villeglé est un grand artiste reconnu et représenté dans les plus grands musées.

Afin de ne pas interférer ou mettre en doute nos dires, nous citerons le plus possible des livres avec en référence le nom de l’auteur.

« Jacques Villeglé né à Quimper en 1926, a commencé en 1947 à Saint –Malo, une collecte d’objets trouvés : fils d’acier, déchets du mur de l’Atlantique… En décembre 1949, il limite son comportement appropriatif aux seules affiches lacérées. En juin 1953, publication de Hépérile Eclaté, poème phonétique de Camille Bryen rendu illisible à travers les trames de verre cannelé de son partenaire intellectuel Raymond Hains. En février 1954, ils font connaissance du poète lettriste François Dufrêne qui les présente à Yves Klein, puis Pierre Restany et Jean Tinguely, avec lesquels sera constitué à Milan, après leur participation commune à la première Biennale de Paris, le groupes des Nouveau Réalistes. Au préalable, en 1958 Villeglé avait rédigé une mise au point sur les affiches lacérées intitulée Des Réalités Collectives. Depuis il est considéré comme l’historien du Lacéré anonyme, entité qu’il créa en 1959. Releveur de traces de civilisation et plus particulièrement lorsqu’elles sont anonymes, il a réuni à partir de 1969 un alphabet socio-politique en hommage au Professeur S. Tchakhotine, auteur en 1939 du Vol des foules par la propagande. Depuis 1957, l’œuvre sélective de Villeglé a fait l’objet de plus de 100 expositions personnelles en Europe et en Amérique (dont une trentaine d’exposition avec l’Atelier d’Aquitaine), et a participé à des manifestations collectives sur les cinq continents. Ses œuvres ont été acquises par les plus important musées européens et américains. Depuis 1988, six des dix-neuf volumes du catalogue thématique et exhaustif de ses affiches lacérées on été édités. Un volume intitulé Carrefour politique a paru en 1997 (éditions Vers les Arts). A cette époque il crée, au siège social de ces éditions, l’Atelier d’Aquitaine. ». Ref : Catherine Francblin in « La rue » édité par la cité de la musique, 2001, Page 72

1993/1996

Pour être plus précis sur la situation de Villeglé en 1996, nous citons sa biographe officielle, Odile Felgine :

« Jacques Villeglé, ne voyant pas la crise se terminer, pense que tout artiste ne peut s’en sortir s’il n’exécute pas des œuvres sur commande ou ne fait pas de l’art appliqué. Une exposition est organisée à Electra, passage Récamier, elle est intitulée « Les artistes dans la ville ». Elle correspond en général à des commandes d’un maire pour aménager provisoirement une place, un carrefour, dans leur ville. Jacques, dans le besoin, en profite pour dire qu’il ne s’en sort pas financièrement et qu’il lui faudrait trouver une commande… »

« Mais le 02 mai, Il fait la connaissance du couple di Folco. Ils ont une trentaine d’années, viennent du lot et Garonne où le jeune retraité de la gendarmerie a acquis un domaine campagnard du XVIème siècle, le Marteret dans le but imprécis d’en faire un lieu orienté vers les arts et ont acheté une affiche dans la série « Politique » en salles des ventes. Ils ont l’intention d’éditer un livre sur cette série qui les intéresse plus que tout autre. Bien qu’il n’aient pas l’air d’être du métier, quoiqu’ils aient déjà publié un livre sur des artistes travaillant avec le verre, Jacques, étant au fonds du trou, sans grand projet, donne son accord, pensant que leur enthousiasme est sincère et qu’ils seront capables d’exécuter la publication qu’ils envisagent. Sa fille Valérie leur donnera tous les renseignements et documents photographiques nécessaires pour cette édition et jouera un rôle important dans les relations avec eux.… ». Ref : Odile Felgine (biographe de Villeglé) in « Villeglé » aux éditions Linda et Guy Pieters, 2007, Pages 412 & 413.

 Jacques Villeglé à cette époque ne produit quasiment plus d’affiches lacérées. Entre son grand âge (70 ans) et la nouvelle loi Rocard qui restreint l’affichage dans les villes, Villeglé n’a produit entre 1993 et 1996 que 56 tableaux, dont 22 au format d’une carte postale. Tous nos dires sont vérifiables in « Catalogue raisonné Jacques Villeglé » aux éditions UR, 2003

3-catalogues

 En 1996 nous éditons l’ouvrage intitulé « Carrefour politique », sur la thématique des affiches politiques de 1955 à 1995. Thématique jusqu’alors jamais abordée ni par les galeries, ni même par les institutions ! « C’est la patate chaude » disait Villeglé ! A cette occasion, afin d’avoir une approche très sérieuse de l’œuvre, nous réalisons avec lui un long entretien. Par la suite il y en aura trois autres : 1/sur les musiques amplifiées, in catalogue Techno-rapt, éditions Vers les Arts, 2000 – 2/sur l’écriture socio-politique in catalogue « L’alphabet socio-politique » coéditions Musée Sainte Croix Poitiers/Vers Les Arts, 2003 – 3/sur l’Atelier d’Aquitaine in « Villeglé », éditions Linda et Guy Pieters, 2007)

Les di Folco n’avaient plus donné de nouvelles à Jacques depuis la fin 1996. Mais depuis le début de l’année, le projet d’édition de « Carrefour politique » a repris. Yves di Folco a trouvé un lieu d’expositions à Thouars, à la chapelle Jeanne d’Arc. Il s’agit d’une chapelle du XIXème siècle, d’un style gothique très soigné. Jacques écrit un article pour la préface, que les di Folco lui ont fait compléter par un entretien. Le livre comprend plus d’une centaine de reproductions d’affiches en couleur, des notices bibliographiques et d’expositions diverses. Le photographe François Goalec a réalisé quelques portraits de Jacques pris dans la ville de Thouars pour le catalogue quelque temps auparavant. Par la suite une signature de cet ouvrage se tiendra à la librairie-galerie « Architypographies » dirigée par Jean-François Dumont et Chantal Mollat, à Bordeaux. Paris n’offrant plus guère d’affiches, en raison de la politique d’affichage public, c’est dans le Midi de la France qu’il peut s’en trouver. Les di Folco font tout pour amener Jacques à venir prélever dans le Sud-Ouest. Certes, les affiches ont changé depuis les années cinquante. Le papier, les thèmes, la façon, ont évolué. Jacques glisse de la fine beauté de la typographie ou de la lacération de ses débuts à un matériau plus brut, que l’on dit plus fragile, mais tout aussi expressif. Ref : Odile Felgine (biographe de Villeglé) in « Villeglé » aux éditions Linda et Guy Pieters, 2007, Pages 415

En résumé, malgré de mauvaises conjonctures économiques, trois personnes aux finances plutôt basses, vont par passion pour l’art donner vie à l’Atelier d’Aquitaine !

22 juillet 1997

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« En juillet 97, sont créés les Ateliers d’Aquitaine au Marteret, la propriété des di Folco construite sur une motte romaine, aux fondations anciennes. Les Ateliers auraient pu tout aussi bien se dénommer « factory » car c’est l’esprit de travail qui forme l’atelier et non un bâtiment. Tous entendent créer avec les affiches des bourgs et des villes du Sud de la France une nouvelle période dans l’œuvre de Jacques. La quantité de personnel est fluctuante, au gré des allées et venues des assistants qui passent. Les permanents de l’Atelier sont le couple di Folco. ». Ref : Odile Felgine (biographe de Villeglé) in « Villeglé » aux éditions Linda et Guy Pieters, 2007, Page 416

 

 

 

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