Archives de l’auteur : mydifolco

Bref, nous sommes Shiva !

Le samedi 20 septembre, nous le consacrons à réaliser des photos archives de La Genèse. Pour se faire, nous installons contre un mur, à l’arrière du préau, l’ensemble des six panneaux enfin séchés. Villeglé nous guide : en premier, le petit panneau de Louise attaque (40 cm), ensuite le panneau de Steeve Colman (2,40 m), puis le panneau avec les numéros de téléphone (62 cm), enfin le grand panneau coupé en deux morceaux de No one is innocent (4,93), et pour clôturer le panneau Bâton rouge (64,5 cm). Voilà comment Villeglé agence l’ensemble des affiches captées Boulevard de la Liberté à Agen. Nous ne sommes absolument pas d’accord et l’affirmons sans détour, sans ambages, ni circonlocution à Villeglé.  Il y a bel et bien inversion entre les grands panneaux : il doit d’abord y avoir le 4,93 m (coupé en deux morceaux, No one is innocent) et ensuite, le 1,98m (Steeve Colman). La discussion dure quelques minutes et devant l’attitude cabocharde de Villeglé et sa légendaire mémoire infaillible, nous finissons par accepter à contre cœur, sans plus rien dire. Nous sommes jeunes et notre relation avec Villeglé l’est aussi ! Nous restons donc polis et n’insistons pas plus !  Pour autant : La Genèse sera comme Villeglé et sa mémoire l’ont dicté : montée à l’envers.

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Il faut re-préciser que seuls, Cédric Bordes et nous deux avons vu les panneaux originaux non lacérés de La Genèse sur les murs de la station désaffectée et que lors de la lacération de ces derniers au Marteret en juillet ne sont présents qu’Isabelle Schneider, Villeglé et nous.

Voilà, La Genèse existe, la légende va démarrer, les photos de propagande artistique vont être diffusées, éditées dans des catalogues ou articles et l’œuvre sera acquise par le FNAC en 2000, … montée à l’envers !

Dernier déjeuner au Marteret, bon repas, bonnes bouteilles. Nous déposons Villeglé en gare d’Agen pour son retour à Paris. Prochain rendez-vous en Novembre au Marteret, en prenant le chemin des écoliers, un grand détour par Nice et Vitrolles, où une surprise énorme attend Yves… Le retour de Raymond !

Epilogue : En 2014, lors d’une séance de rangement de documents concernant les archives de l’Atelier d’Aquitaine, nous découvrons au milieu d’un carton de photos entassées, un photomontage de La Genèse datant de Juillet 1997 (réalisé pendant les jours présence de Villeglé au Marteret). Sur ce dernier, nous la retrouvons telle qu’elle a été conçue par lui et nous, en présence d’Isabelle Schneider. Sur le dit document, composé d’un assemblage de plusieurs photos accolées les unes aux autres en éventail, nous avons la composition initiale telle qu’elle était sur les murs de la station, avant les nouvelles interventions et coups de pouce de Villeglé* et de nous-même pratiqués à Cauderoue. Cela remet en cause beaucoup de nos écrits concernant cette œuvre pendant les 16 années d’existence de l’Atelier d’Aquitaine. Nous avions oublié pas mal de choses et de détails et les photos nous permettent d’aiguiser nos mémoires, notre histoire commune, nous ramenant à la réalité… à nos réalités collectives ! Contrairement à ce que nous avions écrit ou plutôt omis d’écrire, à Cauderoue, nous apprenons à composer, à retoucher l’évidente beauté de la rue.

photo-montage-de-la-genese-gros-planMaquette de La Genèse réalisée en juillet 1997 au Marteret, montrant le positionnement exact des panneaux tels qu’ils étaient sur les murs de la station le 12 mai 1997.

la-genese-terminee-villegleLa Genèse, boulevard de la Liberté, Agen, 12 mai 1997, 260 X 899,5 cm.

L’hypermnésie de Villeglé est vraiment sélective, comme le titre plusieurs articles édités sur lui. Quant à l’authenticité du document que nous éditons, elle ne peut être mise à mal, car à l’arrière de celui-ci, nous retrouvons l’ordre de la composition de juillet ainsi que les côtes exactes des six châssis et quelques noms de groupes de musiques écrits de la main même de Villeglé. Pour parfaire son authenticité, nous possédons des archives photographiques datant de juillet 1997 où l’on peut voir Yves devant le document posé sur la table basse de notre salon.

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Sur le photomontage, les deux panneaux sont bien dans le sens que nous affirmions et non comme la mémoire et l’entêtement de Villeglé l’ont construit. Du reste, il est plus logique de retrouver en premier l’affiche de No one Is Innocent à gauche et une continuité d’affiches de Steeve Colman, et non de voir No one is Innocent étriqué au milieu de Steeve Colman ! Les deux panneaux ont été retouchés à divers endroits haut et bas. La grande lacération dans le grand panneau a toute la partie supérieure et inférieure refaite.

haut-no-one-confortPartie supérieure du panneau No One Is innocent : photo du  haut, panneau brut en juillet – photo du bas, détail de l’œuvre après retouches lors du marouflage en septembre à Cauderoue.

la-genese-confort-bas-no-onePartie inférieure du panneau No One Is innocent : Photo du haut, panneau brut en juillet – Photo du bas, détail de l’œuvre après retouches lors du marouflage à Cauderoue

la-genese-confort-bas-steeve-colmanPartie inférieure du Panneau Steve Colman : Photo du haut, Panneau brut en juillet – Photo du bas, détail de l’œuvre après retouches lors du marouflage à Cauderoue.

Nous pouvons constater que le dernier panneau composé de chiffres n’est non seulement pas à la bonne place, mais en plus ce n’est pas le bon panneau ! Il s’agit d’un morceau qui était au fronton du bâtiment et non sur une colonne. Il y a eu une erreur au marouflage, le bon morceau n’a pas été choisi et a dû être jeté par la suite. Le panneau Bâton Rouge est entièrement recomposé car Villeglé et l’assistant l’ont coupé en deux et réorganisé en inversant la partie basse et la partie haute. Les petits panneaux ont été marouflés par Villeglé et notre assistant de l’époque. Ce dernier (l’assistant) n’étant ni présent à l’arrachage dans la rue en mai, ni présent à la lacération au Marteret en juillet, n’a pu être d’aucune utilité en ce qui concerne le placement des œuvres qui a entrainé l’inversion des 4 panneaux.

colonnes-chiffres-baton-rougePanneaux chiffres : à gauche panneau photographié en juillet, à droite mauvais panneau marouflé en septembre à Cauderoue – Panneaux Baton Rouge : à gauche panneau photographié en juillet, à droite le panneau entièrement refait en septembre à Cauderoue.

De plus, ces jours-là, nous apprenons aussi, qu’à chaque étape de la création d’une œuvre (captation dans la rue, lacérations dans l’atelier, cadrage, marouflage), celle-ci est modifiée, retouchée, relacérée au besoin, réinterprétée à volonté afin d’obtenir la meilleur composition plastique… Le tout en permanence.

Enfin bref, le plus souvent rien ne correspond à la réalité de ce que nous offre la rue, car à chaque étape, les coups de pouces fusent plus ou moins !

La Genèse est un cas d’école pour nous, car avec elle et les deux premières venues de Villeglé en Lot-et-Garonne, nous avons tout appris : les lacérations, les décroutages, les découpages d’œuvres en deux, voire même en beaucoup plus, les cadrages, les marouflages et surtout toutes les retouches à chaque étape.  De plus, nous allons être obligés par manque de finances d’apprendre : à faire des châssis, des photos, des films, à communiquer avec les institutions et les galeries pour la promotion de la production de notre atelier commun, et beaucoup d’autres choses… la liste serait longue. A cela, il faut rajouter que nous savions déjà faire : toutes sortes de maquettes (catalogues, livres, affiche, flyers etc), faire un bon accrochage, communiquer par presse ou autre, gérer le montage et le transport d’une exposition, etc.

Nous sommes comme des « Perceuses/Maccintoshs » :  éditeurs – colleurs – arracheurs – lacérateurs –  décolleurs – ébénistes – transporteurs – maquettistes – photographes – réalisateurs – intervieweurs – archivistes – médiateurs – commissaires d’expositions… cuisiniers – cavistes. Comme le dit Joël Hubaut : « M & Y di Folco ce sont mes agents d’Agen toujours à jeun »… Bref, nous sommes Shiva !

*« Mon œuvre, dit Villeglé, s’est organisée sous l’égide du « Lacéré Anonyme »… cette notion d’anonymat m’a sauvé : car si j’avais produit moi-même des affiches ou des tableaux, j’en aurais fait un très calme le matin puis un autre expressionniste une heure plus tard. Or j’avais besoin, en tant qu’artiste, d’oublier mon identité et mes humeurs personnelles. Au moment où est apparue l’idée de « Lacéré Anonyme » j’ai su que j’avais trouvé l’idée générale. »
Dans son texte intitulé « Des réalités collectives » (septembre 58, revue GrâmmeS, n°2), il condamne le mythe de la création individuelle. Le génie collectif des lacérateurs d’affiches le dispense du moindre geste de création (sa devise n’est-elle pas « le ravir plutôt que le faire » !). Il n’empêche qu’il choisit « ses » affiches, leur format, qu’il décide de leur cadrage. Parfois, comme il le dit lui-même, il donne un « petit coup de pouce ».  

In : Jacques Villeglé La Comédie Urbaine, Centre Pompidou, 2008, dossier pédagogique, parcours exposition, paragraphe-2 : La Lettre Lacérée/Lacéré anonyme/l’effacement de l’artiste.

 

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Ô flots abracadabrantesques… !

18 septembre au matin, Yves, Marie Albet, son compagnon ainsi que Villeglé partent pour le vernissage de la petite exposition consacrée aux affichistes (Hains, Rotella, Dufrêne, Villeglé). Dès leur arrivée, ils sont accueillis par l’amie de Villeglé qui les avait rejoints par le train de Paris. L’artiste leur fait une visite rapide de l’exposition commentée et pimentée de quelques ressentis personnels (de l’époque de la création des tableaux). Outre les œuvres de Villeglé,  ils ont pu admirer aussi celles de ses confrères Rotella, Dufrêne et Raymond Hains. Ils avaient sous les yeux des œuvres des quatre affichistes issus du mouvement « Nouveaux-Réalistes ».

Le vernissage est très convivial et sont présents en plus de Villeglé, Ginette Dufrêne (épouse de François) et Raymond Hains, qui comme à son habitude arrivera avec une heure minimum de retard ! Ginette Dufrêne et Villeglé font patienter les invités avec un débat/discours en toute simplicité. Raymond Hains les rejoint à la toute fin de cet échange en s’accaparant aussitôt le micro et en se lançant dans une interminable logorrhée totalement fractale et déjantée. Nous découvrons pour la première fois Raymond et son univers ! Comment vous le décrire : pas très grand, avec couronne de chauve, rond, sourire en demie lune (le même que Louis de Funès dont il était le portrait craché dans sa jeunesse) et les sourcils broussailleux ! Il s’exprime les yeux fermés comme pour mieux s’entendre, et donne régulièrement du « cher ami » ! Il se fiche complètement de son interlocuteur et ne lui laisse pas en placer une ! Le voilà donc parti dans son monde, son univers rhizomique et « pété », il parle, parle et parle encore et encore jusqu’à ce que toute l’assemblée saoulée de paroles d’un commun accord se jette vers le buffet… Raymond a continué seul pendant encore quelques minutes puis s’est dirigé vers les dessertes remplies !

vallauris-18-09-1997

Dans la foulée, nous partons en meute affamée nous restaurer dans une brasserie de Vallauris. Nous sommes nombreux, bruyants, indisciplinés, répartis sur toutes les tables du restaurant et notre Raymond picore dans toutes les mangeoires comme un coq dans une basse-cour. C’est lors de ce dîner qu’Yves va faire la connaissance de Raymond, et nous disons bien Raymond car ce dernier, à la différence de Villeglé, nous a demandé de l’appeler par son prénom. D’ailleurs, tout le monde le prénomme « (H)ainsi », à l’instar de Villeglé qui lui se fait appeler indifféremment Villeglé ou Jacques suivant le degré d’intimité ou d’insolence. Nous, nous ne l’avons appelé Jacques qu’à partir de l’exposition du Confort Moderne en avril 1999. Pas par distance, ni méfiance, mais par respect pour l’artiste et l’homme de 71 ans.

Revenons à Raymond, le contact entre Yves et lui est immédiat. Il a devant lui un puits de savoir le tout consigné dans un récit doté d’une incohérence inouïe, un désordre purement « Hainsien », ni plus ni moins qu’un tohu-bohu à vous donner le vertige, un chaos dans l’abîme. Tout le long du repas, Yves le regarde et l’écoute, essayant de cacher ses carences, mais avec Raymond, aucun problème, il suffit juste de dire oui ou non et de temps en temps, quand c’est possible, d’avoir un peu de répartie… mais il ne faut pas frimer !  Par la suite, nous comprendrons que très peu de gens sont capables de le suivre sans jamais décrocher (Villeglé faisait parti de ceux-là, car ils ne se sont jamais quittés depuis 1945, date de leur première rencontre à Nantes). Raymond était un cerveau ambulant… Un cortex fou, pris dans une espèce de vortex abyssal, littéraire et poétique, le tout contenu dans une boite crânienne apparemment humaine !

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Le dîner terminé, le restaurant fermé et tous les invités partis… Seuls, restent sur la place du village à discuter avec Raymond (accompagné d’un ami architecte faisant office de chauffeur), Yves et ses deux amis. Villeglé, estimant avoir assez discuté avec ce dernier pendant le repas, les « plante » littéralement, en s’esquivant discrètement vers son hôtel. De minuit jusqu’à plus de trois heures du matin, Raymond en très grande forme, leur tient la chandelle avec ses voyages « de dedans sa tête ». Il tourne et tourne autour de Yves en lui parlant, le saoulant d’anecdotes et de calembours dont ce dernier ne perçoit qu’à peine un début de pertinence par faute de connaissances artistiques, philosophiques et littéraires suffisantes. C’était effrayant et drôle à la fois, voir cet homme déverser ses flots de savoirs sans jamais se soucier si son auditoire le suit ou pas. C’était une confusion totale, une perturbation à géométrie variable, un grand désordre organisé, un embrouillement ubuesque, une dérive démentielle dans la lignée de la dérive situationniste de Ralph Rumney ou de Nadja d’André Breton. Par la suite nous rencontrerons un autre artiste aussi singulier, mais plutôt, fractal, épidémique et rhizomique, une théorie vivante de Deleuze et Guattari, nous parlons de Joël Hubaut et de son Œuvre.

En plein milieu du délire, l’ami architecte de Raymond, n’en pouvant plus est allé chercher sa voiture et voyant que celui-ci ne décrochait toujours pas, s’est mis à le pousser délicatement avec l’arrière de celle-ci afin de lui signifier qu’il désirait ardemment rentrer. Raymond imperturbable se dégage sur le côté, et continue inlassablement sa faconde en laissant son ami s’endormir au volant !! Lorsqu’enfin, il décide suite aux suppliques de Yves de partir se coucher, il se dirige dans la direction opposée à la voiture en dodelinant de la tête, à petits pas, dans une rue inconnue de lui et de ses auditeurs. Voyant cela, Yves réveille aussitôt l’ami/chauffeur qui complètement groggy s’empresse de lui courir après afin de le ramener à son véhicule. Pour une première rencontre, elle a été incroyablement drôle et surtout inoubliable. Nous retrouverons Raymond plusieurs fois dans notre récit, car dans les années à venir, chacune de nos rencontres donnera lieu à des anecdotes pouvant paraître abracadabrantesques mais pourtant bien réelles, comme celle que venait de vivre Yves ce soir-là. Chaque rencontre faisant toujours état de divagations géniales, chaotiques, irrationnelles et perturbantes de Raymond ! Oui… Du Rimbaud dans Le cœur supplicié appelé aussi le cœur du Pitre : « …Ô flots abracadabrantesques… ». Passant ainsi des flots au flow monocorde de Raymond ! Bref, ce soir là, Yves n’a rejoint sa chambre que vers 3h30 du matin !

Le lendemain ou plutôt trois heures trente plus tard. Départ pour tout le monde en direction de Bordeaux, où a lieu à 18h le vernissage de Villeglé à la Librairie Mollat. Nous avions décroché, grâce à un ami, Dominique Dussol (Professeur d’histoire de l’Art à Pau, écrivain et rédacteur en chef du journal aquitain « Le Festin »), une petite exposition consacrée à l’écriture socio-politique de Villeglé. Notre deuxième exposition obtenue pour cette année (1997), car il y a eu aussi Thouars dans les Deux-Sèvres que nous avons cité plus en avant.

Le timing pour rejoindre Bordeaux est tellement juste que le déjeuner est frugal, juste un en-cas rapide et une bière prise dans un restaurant d’autoroute, le tout à la volée.

Comment décrire Bordeaux : une ville aux quais interminables avec des façades blanches et austères. Ville enrichie par le vin et son passé de la traite atlantique et du commerce triangulaire, pour ne pas dire du commerce de négrier. Elle est belle, claire, riche,  mais hostile aux étrangers. Dans le Sud-Ouest, nous l’appelons « la capitale de la province », terme péjoratif pour des croquants, des pedzouilles comme nous. Aller à la capitale ou à Bordeaux, c’est du pareil au même, nous sentons bien que nous ne sommes pas chez nous mais bien chez eux !

Vernissage dans la plus grande librairie de Bordeaux, peu de monde mais beaucoup de mondanité et d’affèteries,  pratiquement rien à boire et surtout on s’ennuie à  mourir en pensant au vernissage de la veille avec la bande de copains artistes. Nous sommes bien loin des gens du Sud-Est, bruyants, généreux et heureux de vivre. Pour autant, Villeglé reste toujours le même. Malgré la fatigue, il est affable, courtois et avenant. Il présente sur les murs quelques dessins et lithographies et, dans des vitrines, quelques documents manuscrits et livres. Dîner saturnien pris au café des Arts (brasserie incontournable bordelaise), fort heureusement enrichi par le brouillage et les délires décomplexés d’Yves ! Ensuite, très tard dans la nuit, retour au Marteret  pour un court repos bien mérité après ces deux derniers jours sur les routes du sud de la France.

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Il préfère le pratique au sacré !

Enfin le « D day », nous allons en découdre pour la dernière manœuvre avec « La Genèse » ! Mais auparavant, il est important de préciser que l’œuvre de la Genèse n’est réalisée qu’avec la moitié des panneaux raptés le 12 mai 1997. Il n’y a qu’une demie-station, le pilier central et tout le côté droit pour La Genèse. Le grand mur de gauche, lui, sera transformé en triptyque de 150 x 450 cm (3 x (150 cm x 150 cm) ) ayant pour sujet principal Johnny Halliday. D’ailleurs, c’est un autre morceau de Johnny de la même provenance qui servira au montage du tableau 190 x 170 cm avec le Pape (nous vous en parlerons quelques lignes plus loin). Quant au côté gauche de la façade de la station, il n’était pas exploitable, car il s’agissait de l’entrée du magasin et les diverses poignées et autres objets contendants ont rendu inexploitable le panneau d’affiches.

Ce samedi matin donc, en lisière de la forêt landaise, nous allons maroufler le travail entamé il y a deux mois. Pour ce faire, au vu de la taille des panneaux, nous demanderons l’aide de notre futur assistant (pendant le week-end, car ce dernier travaille en semaine). Nous commençons par étendre au sol le plus grand des morceaux, environ 5 mètres de long par deux mètres quatre-vingt de hauteur afin de le couper en deux, au format des châssis réalisés. Nous avions eu une discussion assez appuyée avec Villeglé en juillet lorsqu’il décida de couper ce grand panneau en deux morceaux. Pourquoi un tel sacrilège ? La réponse du « maître » (humour) est simple et pratique : cela permet de résoudre les problèmes de transport et de stockage. A l’énoncé de ces réponses incroyables, nous restons babas, car nous, habitués aux grands formats muséaux (Véronèse, Motherwell, David, Delacroix, Murakami, etc), pensions que les immenses tableaux confèrent un caractère exceptionnel aux œuvres. D’autant plus dans le contexte dans lequel nous évoluons, « le nouveau réalisme », mouvement ayant l’ambition d’être justement l’ambassadeur de la réalité des choses. Eh bien non ! Villeglé préfère le pratique au sacré ! C’est un nouveau choc, mais par la suite, nous nous confronterons de nouveau à lui sur le même sujet et souvent, nous imposerons notre choix de laisser l’œuvre dans son intégrité car nos réserves le permettront. Nous dédierons d’ailleurs à cet effet la totalité d’une ancienne étable où nous créerons une ouverture de 4 mètres de hauteur, pour de futurs chefs-d’œuvre. Pour l’heure, la réserve n’existe pas, et nous ne sommes qu’en phase d’apprentissage… et nous ne pouvons que signifier poliment à Villeglé notre profond désaccord.

Le panneau le plus grand fait donc 4,93 m de longueur par 2,80 m de hauteur ; nous le coupons donc en deux morceaux de 1,68 m et de 3,25 cm. Pour se faire, après avoir positionné l’immense morceau sur le plus grand des deux châssis, nous l’encollons au verso et l’appliquons sur la toile. Ensuite, délicatement, à l’aide d’une lame neuve de cutter, nous désolidarisons le plus petit bout restant que nous encollerons à son tour ultérieurement sur la toile du deuxième châssis. Manœuvre délicate, mais réussie avec brio, sous les conseils et l’œil vigilant de Villeglé.

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Dans la foulée et en trois matinées, nous marouflons les autres panneaux d’affiches qui composent La Genèse. Nous sommes un week-end et un lundi. Nos enfants sont heureux de voir Villeglé fabriquer avec leurs parents cet immense tableau. C’est monumental pour eux, lorsqu’on ne mesure qu’un mètre cinquante tout est gigantesque, tout est démesuré. Ils ont les yeux qui brillent et découvrent que les déchets des uns font les trésors des autres. Collégialement, ils décident alors de faire eux aussi leurs propres tableaux afin de les exposer dans leurs chambres respectives ! C’est d’la balle ! Un vrai jeu d’enfants ! Forts de leurs observations lors des séances de lacérations de Villeglé, ils se sentent totalement autorisés à s’éclater eux aussi dans ce jeu de lacérations et de décroutages ! Quel bonheur de les voir pouffer de rire en se plongeant dans les couches d’affiches et en se montrant respectivement leurs découvertes. C’est à celui ou celle qui trouvera le morceau « le plus mieux » ! Pour des bambins de 9 et 10 ans, c’est « l’éclate parfaite », faire de l’art c’est d’abord s’amuser ! Beaucoup plus tard, Villeglé signera à chacun son tableau, pour leur plus grande fierté !

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Toutes les après-midis seront consacrées au repos bien mérité, car pour Villeglé ces séances sont éprouvantes physiquement (son grand âge, les déplacements, le travail en extérieur, pas de pause-café, ni lecture du Monde etc). Le soir, longs dîners dans la cuisine du Marteret, car les nuits commencent à être fraîches et nous ne mangeons plus dehors que le midi, au soleil de l’automne qui s’annonce à grand pas. Et bien entendu, descente conviviale et continue de notre cave !

Dimanche matin, alors que nous encollions le panneau de deux mètres quarante de largeur par deux mètres soixante de hauteur, Alice, Quentin et Camille, s’amusent sur le tas d’affiches que nous avions déjà décroutées. Ils décryptent les morceaux, regardent les noms des groupes affichés et s’amusent à faire comme nous des cadrages. Lorsque soudain, ils s’esclaffent de rire en voyant sur une bande de papier apparaître le pape. Ils tirent dessus, la décroute maladroitement, comme ils peuvent, et nous rejoignent en rigolant avec leur trophée à la main.

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Villeglé, voyant cela, comprend très vite le potentiel d’un tel morceau. Il s’agissait d’un long bout de décroutage, d’environ quatre mètres de long sur une oblique de soixante-dix à cent cinquante centimètres de hauteur. Nous pouvions voir dessus plusieurs affiches anarchistes montrant le pape. Sur trois d’entre elles, ce dernier fait un bras d’honneur avec une belle montre au poignet. Que faire de ce morceau ? Nous pensons que Villeglé va réduire le tout à la hauteur minimum et en faire une œuvre de quatre mètres de longueur sur soixante-dix centimètres de hauteur environ, ou bien qu’il va rajouter un déchet de papier et en faire une œuvre de maximum cent cinquante centimètres de hauteur. Que nenni !! Ce n’est ni l’une, ni l’autre, de ces solutions, il optera lors de sa prochaine venue pour une solution beaucoup plus productive : il nous fera couper le bandeau en deux morceaux (encore une fois !) pour en faire deux œuvres de 180 x 180 (pour le morceau de gauche) et 190 x 170 cm (pour le morceau de droite) en ajoutant des morceaux d’affiches en dessous de chacun de nos papes ! Cinquante ans de carrière, ça forme le choix, mais pas toujours comme on l’idéalisait, comme gardien du temple du concept du « Lacérateur Anonyme ». En cherchant nous trouverons dans le tas d’affiches, deux déchets : un morceau des Frères Misères et pour l’autre un morceau de Johnny Halliday. Sur nos conseils Villeglé les acceptera et les marouflera avec nous à Cauderoue. Il titrera les deux œuvres « colonne Morris St Caprais Agen, 23 Septembre 1997 », sans se poser la question d’où venaient les morceaux. Or, il s’avère que ces trois morceaux d’affiches proviennent du boulevard de la Liberté, captés sur l’immeuble désaffecté, le 12 mai 1997.

tableau-pape-camillePhoto de Camille et son trésor – 2 tableaux : Le Pape & Johnny, colonne Morris, cathédrale Saint Caprais, 23 septembre 1997, 180 X 180 cm / Le Pape & Les Frères Misères, colonne Morris, cathédrale St Caprais, Agen, 23 Septembre 1997 – Photo du déchet des Frères Misères avant montage final.

De plus, il n’y a eu aucun arrachage de colonne Morris à Agen en Septembre 1997. Quant à la colonne Morris place de la cathédrale Saint Caprais elle a été captée par nous deux en juillet 1997, après le départ de Villeglé. De ce captage, sortiront les œuvres suivantes : Sons of the desert, colonne Morris Saint-Caprais, Agen, juillet 1997, 255 x 330 cm et Mathieu, Anne et Steeve, colonne Morris Saint-Caprais, Agen, juillet 1997, 280 x 210 cm et d’autres petits formats provenant du décroutage de ces deux grandes œuvres. Il est impossible que ladite colonne qui a été pelée par nos soins en juillet puisse donner de telles épaisseurs d’affiches en septembre. Comme nous l’avions déjà expliqué pour le boulevard de la Liberté, il n’y a pratiquement pas de collage sur Agen ente juin et fin septembre. Toutes ces erreurs relèvent de la mauvaise gestion du secrétariat de Villeglé ou d’un manque de coordination entre lui et sa secrétaire, ou encore d’une hypermnésie très sélective !

Plus nous avançons dans notre apprentissage, plus nous comprenons que le dogme et la théorie n’ont rien à voir avec la pratique et ne sommes nullement déçus de cela. D’ailleurs, comme pour s’en excuser, Villeglé nous répète régulièrement « Nous nous donnons des règles pour mieux les contourner » et de rajouter : « Un grain de sable dans une belle machine ne peut lui faire que du bien ». Le concept du « Lacérateur Anonyme » lui permet, de temps en temps, de belles irrévérences sans pour autant être impliqué en qualité d’auteur. Les deux tableaux cités ci-dessus en sont bien la preuve et beaucoup d’autres suivront. Le hasard fait de belles choses, mais il a bon dos et de temps en temps, les gros coups de pouce lâches et non assumés font du bien. La subversion fait partie prenante du travail de Villeglé et de celui de notre Atelier commun en Aquitaine.

Pour autant, nous apprécions beaucoup l’homme, l’artiste, l’œuvre, et surtout sa façon de travailler avec nous ; en effet, nous sommes incapables de bosser « pour » mais seulement « avec » une personne ! Nous avons besoin d’un rapport intime et familier, d’une symbiose intellectuelle et évidente. Nous n’avons jamais été l’employé, le salarié, l’ouvrier, l’assistant de qui que ce soit, comme nous l’affirmons toujours : « notre liberté n’a pas de limite… et pour être libre, il faut être indépendant ! ».

Avec Villeglé, nous n’avons aucune contrainte, mais plutôt une grande liberté. Tout se fait dans le calme, la clairvoyance, le hasard objectif et sans jamais être dans l’urgence ou la cadence d’une usine ou d’un atelier voué au stakhanovisme… Son rythme très proche du nôtre (gens du Sud-Ouest) nous sied à merveille !

L’après-midi, nous nous rendons Boulevard de la Liberté, afin de réaliser quelques portraits de Villeglé devant la station-essence où a été capté « La Genèse ». Il désire se voir avec en fond des murs ravagés de lacérations bien plastiques. À notre arrivée, nous constatons, comme en juillet, qu’il n’y a pratiquement pas eu de collage pendant les mois d’août et début septembre. Seulement quelques feuilles de-ci, de-là, aucune épaisseur, rien à se mettre sous la dent. Cela ne dérange en rien Villeglé, car son objectif et sa seule motivation aujourd’hui sont avant tout d’avoir quelques bonnes photos de lui, comme s’il avait été présent le 12 mai 1997. Pour se faire, nous avons lacéré toutes les vitrines, puis Yves avec le « Mamiya 6×7 » de son père a pris toute une série de portraits (ces derniers seront publiés dans divers catalogues ou articles dans les années suivantes). C’était la première fois qu’Yves faisait des photos sur commande, et au vu du résultat, nous comprenons que nous pourrons très bien faire office de photographe. Dans l’année suivante, nous passerons à la photo numérique par souci économique et pratique. Nous pourrons mieux contrôler la chaine graphique de l’image jusqu’à l’impression. De plus, l’archivage se fera quotidiennement, simplement, et rapidement, sur nos ordinateurs. Nous ferons des dizaines de milliers de photos de l’aventure de l’Atelier d’Aquitaine et environ 2900 seront publiées dans divers catalogues et publications, concernant Villeglé ou notre atelier commun « l’Atelier d’Aquitaine ».

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station-bonneSur toutes les photos faites ce jour-là, on voit bien le sol jonché de débris d’affiches, que nous ramasserons et jetterons au premier conteneur poubelle trouvé sur notre route du retour. C’est notre côté bon citoyen car nous laissons toujours les lieux plus propres après notre passage qu’à notre arrivée !

Le mardi 16 et le mercredi 17 septembre, nous avons passé la matinée à travailler le stock d’affiches récoltées. Villeglé nous apprend à ne pas trop intervenir sur les papiers décroutés (dans la mesure du possible), à lacérer les affiches vierges et à bien les cadrer plastiquement en fonction de certaines inscriptions, couleurs, ou d’esthétisme (« la recherche du nombre d’or », comme il nous l’explique en rigolant). Nous avions un champ de création extrêmement libre qui nous a permis de nous révéler complètement à ses yeux (il a très rapidement remarqué nos qualités et très pertinemment en a abusé constamment par la suite jusqu’en 2012).

Il nous a encouragé à travailler dans un esprit ouvert. En optimisant le hasard objectif et surtout en laissant notre subjectivité créatrice s’exprimer, sans pour autant être phagocytée par une pensée élaborée qui pourrait annihiler l’instinct sauvage de la création nécessaire à la réalisation d’une affiche lacérée. Souvent, il faut se lancer sur une première lacération sans se poser de question, faire un choix rapide de l’endroit où l’on démarre puis fignoler l’œuvre avec des retouches judicieuses au cadrage et surtout au marouflage.

Pendant ces deux journées, nous marouflons plusieurs tableaux sur des châssis fabriqués à base des chutes de la genèse, certains d’entre eux seront présentés comme il est dit dans le courrier à la librairie Mollat de Bordeaux. Le soir du mercredi, nous ferons un repas au Marteret où nous inviterons quelques amis et nous continuerons à détruire notre cave dans la joie et l’allégresse. Ce soir là, Villeglé se ramassera sa première grosse pistache au Marteret !

HIC TERMINUS HAERET

Villeglé nous a quittés en nous laissant lâchement, ou peut-être par inadvertance, face à un challenge, à un exploit, une performance, un véritable défi : réaliser pour septembre 1997 six châssis afin de maroufler « La Genèse ». Dans notre euphorie collective, nous avions oublié qu’un tableau a besoin d’un châssis et pour le moment, « La Genèse » fait tout pour nous enfoncer dans les difficultés, 9,80 de longueur par 2,70 m environ de hauteur… Pour parfaire la situation, nous n’avons pas d’argent et ne savons rien faire ! Alain, notre ami ébéniste, accepte sans sourcilier de nous sauver à la seule condition, que nous venions l’aider à les confectionner dans son atelier.

Début août se passe en toute tranquillité, aucun arrachage dans les rues car nous pensons que nos récoltes de mai et juin sont suffisantes et qu’après le marouflage du grand tableau, Villeglé reprendra son train-train quotidien dans son petit atelier parisien…

Habituellement, il travaille dans un local plus petit que notre cuisine, un atelier/bureau, le tout doit faire environ 30 à 35 m2. Dès l’ouverture de la porte, nous sommes projetés directement dans le bureau où il n’y a que très peu de place et de surcroît pas mal de bazar. Face au deux uniques fenêtres du local exigu donnant sur rue, se trouve le bureau de sa secrétaire. Le sien est face à un mur sur lequel est punaisé un immense planning de l’année en cours. Une fois que vous aurez traversé cette pièce, environ trois enjambées, sur votre gauche un pan de mur est ouvert à l’arraché (sans porte, faute de place) donnant dans un petit vestibule tapissé de rayonnages jusqu’au plafond, garnis de petits tableaux (les plus grands sont dans deux autres ateliers ou plutôt des réserves toutes aussi petites que l’atelier/bureau). Ledit vestibule dessert sur sa droite un autre local exigu qui lui sert d’atelier pour la fabrication de ses œuvres.

Le 08 Août, Villéglé nous adresse un courrier (depuis St Malo) sur un déchet d’affiche du groupe Louise Attaque. Dans celui-ci, il nous parle d’une conférence le 18 septembre à Vallauris et nous demande si nous pourrions nous y rendre. Ensuite, il nous demande de fabriquer deux châssis en vue de l’exposition à la libraire Mollat à Bordeaux le 19 septembre 1997 (le lendemain de la conférence de Vallauris). Il faut préciser que pendant des années, nous payerons la majeure partie de tous les matériaux nécessaires à la fabrication des œuvres (à une exception près où Villeglé a réglé Alain Zagni pour la fabrication de châssis, car nous avions trop de travail, mais l’achat des matériaux nous revenait encore). Dans ce courrier, il nous parle de la future sérigraphie réalisée pour la fête de l’Huma et du futur achat d’une œuvre publiée dans « Carrefour Politique » (édité par nos soins) pour l’année 1998. Il écrit « Donc nous aurons un début de finance l’année prochaine », mais sans préciser que le peu que nous allions gagner partirait dans tous nos frais (la fabrication des châssis et les divers transports pour les arrachages, vernissages et autres). Il nous apprend aussi la parution, dans la revue « Cimaise », d’un article concernant l’exposition de Thouars tout en précisant que le journaliste a oublié de faire référence à notre livre. Puis, il nous rappelle la date de la conférence le 12 septembre à la chapelle Jean d’Arc à Thouars. Bref, au vu de tous les détails et des dates inscrites sur ce courrier, nous apprenons que nous allons travailler ensemble pendant quelques temps… Sans se douter que cela durera 16 années ! Il nous remercie pour sa semaine en juillet dans nos terres gasconnes et nous signe : « à bientôt, cordialement Jacques » !

08-08-1997-w

Mais revenons à nos devoirs de vacances, la construction des châssis pour le marouflage de La Genèse ! En bons gascons, nous repoussons d’abord la date jusque début septembre… puis l’urgence arrive à grand pas ! Nous commençons par trouver l’argent pour acheter le bois et la toile pour une dizaine de châssis. Comme nous l’avons écrit précédemment, « La Genèse » est coupée en six morceaux (trois petits et trois grands) et nous avons pu fabriquer quatre châssis de plus avec les chutes des grands châssis. Les dimensions pour La Genèse ont été prises par Villeglé et Isabelle et retranscrites sur un document dont nous parlerons dans le prochain article.

Pour la réalisation des châssis, nous avons dû mettre environ trois jours, à « bouffer » de la poussière et des copeaux de bois. L’odeur n’est pas désagréable, par contre le bruit est insupportable. Ne pensant pas refaire de sitôt ce genre de travail, nous nous bornons simplement à faire les aides, sans trop prêter attention à tous les calculs qu’il faut poser pour ce genre de construction. Il faut être très précis et bon en math pour être ébéniste… Quelle horreur, nous n’aimons pas les maths et encore moins la géométrie. Notre passé de cancres matheux nous saute à la figure et Alain est désarmé de nous voir aussi nuls. Il est catastrophé et nous sommes en trois jours tombés bien bas dans son estime ! La suite de notre histoire fera que nous serons obligés de nous y mettre « à fond » car Villeglé ne va plus nous quitter, et du coup, notre calvaire va commencer avec le secours d’Alain qui nous prêtera son atelier et ses outils. Il nous supervisera avec sa rigueur comme un contremaître vigilant et intransigeant !*

À peine le miracle des châssis réalisé, qu’un nouveau problème arrive : où travailler sur de tels formats ? Au Marteret à cette époque, nous n’avions pas de locaux assez grands qui nous protègent de la pluie en cas de besoin. Notre assistant bénévole de l’époque (compagnon de notre amie Marie Albet et père de Louise, notre mascotte) nous propose de travailler sous le préau du Centre de Loisir de Nérac, situé sur la commune de Barbaste au lieu dit Cauderoue (à 12 kilomètres de chez nous). Ledit centre est situé en plein dans les bois, à l’orée de la forêt des Landes et ne fonctionne que de fin juin à fin août.

cauderoue-bois

Pour notre grand bonheur et pour parfaire notre liberté de travail, nous sommes à quelques centaines de mètres du domicile des parents de Yves où nos enfants pourront, lors des journées de repos (car l’école a repris), y faire des allers-retours pendant toute l’exécution du marouflage de « La Génèse ». À 8 et 10 ans, une ou deux heures peuvent paraître une éternité. Entre la maison des grands-parents et le centre, ils pourront s’amuser dans les bois et sur les tas d’affiches empilés dans le coin du préau. D’ailleurs leur curiosité et leur imagination feront des merveilles, notamment dans la découverte d’une affiche concernant le pape Jean-Paul le deuxième.

C’est donc parfait. Nous achetons la colle et la toile, nous montons les châssis, nous préparons les tables et nous déménageons les affiches et tout notre matériel dans les locaux du centre de loisirs.

Septembre en Gascogne, c’est toujours l’été avec le soleil et la chaleur et surtout les touristes sont repartis. La vie reprend son calme, les routes s’ennuient à souhait avec une voiture toutes les heures. Nous sommes enfin de retour dans notre réserve d’indiens, entre nous, en attendant, pour certains, l’ouverture de la chasse à la palombe.

Comme prévu dans la missive du 8 août 1997, le retour de l’artiste au Marteret se fera par un détour à Thouars (79) et comme nous l’avions décidé d’un commun accord. Le 12 septembre, conférence « Villeglé et les affiches politiques 1955/1995 ». Elle se déroulera à la chapelle Jeanne d’Arc, au milieu de l’exposition « Carrefour Politique », exposition proposée par une de nos connaissance, Yves Chuillet, et avec en support d’exposition le livre « Carrefour Politique » édité par nos soins (éditions Vers les Arts). Nous avions déjà par le passé monté deux expositions à Thouars dans la tour du Prince de Galles, une sur le sculpteur Matéi Négréanu et l’autre était une exposition conjointe entre le graveur Philippe Molhitz et le sculpteur Robert Léris. Ladite tour est plus connue pour avoir été la prison des Faux Sauniers (contrebandiers du sel à l’époque de la gabelle) que comme lieu voué à l’Art. Mais heureusement, par volonté municipale, ce lieu mortifère et triste est dédié depuis 1990 à l’art contemporain (nous y avons notamment vu une excellente pièce d’Ange Leccia sur l’enfermement).

Mais, revenons à Thouars et à la conférence sur Villeglé et les affiches politiques. Yves est arrivé en fin de matinée en voiture alors que Villeglé et son conférencier Philippe Piguet sont arrivés par le train. Présentation rapide, déjeuner excellent et ensuite quartier libre jusqu’à 18h, heure de la conférence. Que faire dans une petite ville de province que nous avions déjà visitée de fond en comble au mois de juin lors de l’installation de l’exposition « Villeglé Carrefour politique » ? Heureusement, Yves Chuillet nous propose d’aller visiter le château de Oiron et son cabinet de curiosité. Nous avons acquiescé d’un commun accord, bien que nous l’ayons déjà visité lors de notre première venue en juin. Ils n’ont pas hésité une minute et se sont engouffrés (Villeglé, Philippe Piguet et Yves) dans la voiture pour 12 kilomètres de trajet. A leur arrivée, Villeglé et Yves sont heureux de pouvoir apprécier le parc et l’entrée du château dans de bonnes conditions. En effet, lors de notre première venue, un samedi ou un dimanche, nous avions eu le déplaisir de découvrir l’élection de Miss France Mamy et Mister France Papy dans le parc du château ! Sur la pelouse, devant les grilles, une immense scène avait été déployée et tout autour il y avait des centaines de mamys et papys tous assis sur des sièges de jardin pliables. Ils étaient en train d’élire les plus beaux d’entre eux, les plus méritants ! Le parc était devenu un véritable jardin de curiosités, à l’instar du château ! Pour parfaire le tableau, tout autour, dans un grand cercle, nous pouvions voir des stands d’assureurs proposant des conventions obsèques, des vendeurs de laines pour tricots, des spécialistes de la domotique et autres articles pour personnes âgés. Vous rajoutez à cela des dizaines de cars stationnant en provenance de toute la France et vous avez la foire la plus éclectique que nous n’ayons jamais vu. Les élections de Miss France et Mister France du troisième âge « en direct au Château Oiron », c’était surréaliste, Dada, et cela aurait mérité une retransmission en direct sur toutes les ondes disponibles ! Nous passerons sur les épreuves que devaient remplir les concurrents, vous en seriez consternés : le chant, le tricot, la cuisine, etc.

Mais, revenons au château et à sa collection d’art contemporain. Un des plus beaux écrins de la renaissance arborant une des plus subversive maxime inscrite dans la pierre au frontispice du pas de porte accédant au grenier : « Hic terminus haeret » « Ici est fixé le terme (la fin de toute chose)». Claude Gouffier Marquis de Caravas l’y fit inscrire afin de déterminer l’endroit où se clôturent les affaires des hommes et où commencent celles de dieu. Quelle insolence pour l’époque, il l’a fit même inscrire sur sa propre tombe !

Le château de Oiron à partir du XVIème siècle, du temps de Claude Gouffier était un lieu voué à l’art de son époque. Le marquis était un des premiers collectionneurs d’art du royaume, juste après le roi François 1er. Il avait notamment, sur ses murs, des œuvres de Raphael, Bellini et beaucoup d’autres très grands artistes de la renaissance. Après beaucoup de déboires, ce château s’est retrouvé sans vie et vide jusqu’en 1990, date à laquelle l’état décide sur une proposition géniale de Jean-Hubert Martin, d’en faire un centre d’art contemporain sous la forme d’un cabinet de curiosité. Renvoyer ce château à son histoire est une réussite. Actuellement, nous pouvons y voir plusieurs dizaines de chefs d’œuvres de Wolfgang Laib, Daniel Spoerri, Hubert Duprat, Sol Lewitt, Félice Varini, Christian Boltanski, John Armleder et beaucoup d’autres artistes tous aussi prestigieux les uns que les autres. Cette confrontation entre le passé historique et notre présent artistique est une réussite incontestable. Soyez donc curieux et visitez ce télescopage artistique et temporel !

Par contre, quelle tristesse d’avoir dû faire cette deuxième visite en compagnie de notre conférencier de service ! Yves s’est ennuyé du début à la fin, pire il a dû devant chaque œuvre subir les commentaires insipides de ce péroreur. En effet, Philippe Piguet se sentait obligé (ou investi) de déverser son pseudo savoir rempli d’anecdotes pitoyables accolées à une litanie de versets appris et récités sans âme ni conviction. Il n’avait rien d’analytique, bien au contraire, il faisait la visite de ce qu’il voyait… rien de plus. Ce fut d’un ennui remarquable. Depuis ce jour, Yves ne supporte plus : ni guide, ni audio-guide dans les musées, centres d’arts, galerie et autres !

Après cette laborieuse visite, passons maintenant à l’intervention Philippe Piguet conférencier sur Villeglé et son œuvre. Elle fut tout aussi fade que ses commentaires déversés devant les œuvres du cabinet de curiosités du château de Oiron, augmentée de surcroit d’une interview médiocre de Villeglé. Le tout était tellement ennuyeux que Yves s’est endormi discrètement derrière une colonne salvatrice …

Fort heureusement, après la pluie vient le beau temps ! Au milieu de toutes ces mondanités, Villeglé présente à Yves une de ses connaissances, Dominique Truco, responsable de la section art contemporain au sein du Confort Moderne à Poitiers. Il avait fait sa connaissance quelques années auparavant dans le cadre d’une exposition collective. En quelques minutes, la glace est rompue et très vite la discussion tourne sur le travail de Villeglé au Martéret, et la découverte des affiches lacérées ayant pour thématique les musiques amplifiées. Nous avons constaté que les affichages sauvages sont en grande partie dus aux salles de spectacles diffusant les concerts de rock, reggae, techno et autres musiques électro. Yves découvre pendant cette longue discussion que le Confort Moderne est un lieu pluriculturel alliant la diffusion des musiques amplifiées (avec salle de concert) à l’organisation d’expositions d’Art Contemporain. C’est évident, il faut que Villeglé expose au Confort Moderne ! Tous les trois entrevoient la possibilité d’y faire une grande exposition sur les affiches lacérées avec pour thématique « les musiques amplifiées ». Le projet est enivrant. En fin de soirée, Yves prend l’engagement d’envoyer à Dominque Truco les photos des quelques œuvres déjà réalisées, tout en lui précisant que nous possédons un stock d’affiches en préparations. Bref, la chance était là et nous allons la saisir au vol et tout faire pour la concrétiser…

Les mondanités terminées, Villeglé et Yves quittent la Chapelle Jeanne d’Arc en remerciant les organisateurs et les représentants de la municipalité pour leur accueil. Il est tard, il fait nuit et ils roulent en direction du Marteret. Quatre heures trente de route et pratiquement rien dans l’estomac, car ils avaient oublié de se substanter d’agapes lors de la collation, bien trop absorbés et concentrés par la rencontre avec Dominique Truco. Arrivée à Niort à 23h, Yves propose à son compagnon de voyage de prendre un encas rapide dans un restaurant avant de poursuivre leur route vers le Sud-Ouest bien mérité. Rien, toute la ville est fermée, pas de restaurant ouvert à cette heure-là, le désert, la ville est morte ! De dépit, juste avant de quitter la triste ville, Yves propose d’aller se remplir le ventre dans un mac-drive ! Au culot il demande à Villeglé s’il a déjà mangé ce genre d’aliments ? Au vu de l’absence de réponse négative et sans attendre la réponse négative, il commande alors deux hamburgers, deux portions de frites, un coca pour lui et une bière sans alcool pour Villeglé (alcool interdit dans ce genre d’établissement). Début de son calvaire, car à peine sortie de la ville, dans les premiers kilomètres d’autoroute, il voit l‘artiste délicatement séparer le steack de viande hachée de son pain de mie et commencer à le goûter avec les doigts. Dans les secondes qui suivirent, il vit la fenêtre droite s’ouvrir et sans dire un mot Villeglé jeta une à une les tranches de pain, le steack et le contenu de son cornet de frites. Pas un mot, le silence total sur tout le trajet. Villeglé a bu sa bière et Yves a tout mangé et bu son coca dans la plus grande indifférence et surtout dans une honte cachée mais évidente. A leur arrivée au Marteret vers une heure du matin, Michèle les attendait avec une soupe maison, du très bon fromage fermier et une bonne bouteille de vin ! Villeglé, en fin de souper, a juste dit à son hôtesse que son mari était un assassin et qu’il raconterait à qui veut l’entendre qu’il faillit mourir empoisonné suite à son inconséquence.

*Dans les années qui suivent nous fabriquerons plus de 80% des châssis pour les 873 œuvres réalisées au sein de notre Atelier d’Aquitaine.

L’Art c’est le sublime mensonge !

Dernière journée ensoleillée et radieuse de Villeglé en Lot-et-Garonne. Le petit-déjeuner est avancé d’une heure pour cause de programme chargé. Nous débuterons par une escapade jusqu’au Boulevard de la Liberté à Agen, car nous voulons que Villeglé puisse éprouver réellement et physiquement le lieu du rapt de « La Genèse ». Qu’il soit face à ces immenses panneaux d’affiches collées et qu’il se retrouve comme nous devant plusieurs dizaines de mètres de long sur environ trois de hauteur de cette matière première (futures œuvres). Peut-être aussi y aura-t-il quelques beaux panneaux suffisamment épais et adéquats pour de futurs tableaux ? Nous clôturerons notre journée par un long déjeuner à l’ombre de nos vieux tilleuls avec pour invités d’honneur Marie-Madeleine et Roman Opalka.

Après vingt kilomètres de route sinueuse, nous arrivons à l’emplacement de notre principal et gigantesque kidnapping. Le garage est toujours là, abandonné, calme, surnaturel et à nos yeux magique ! Depuis des années, il est déserté de toute action commerciale et ses murs et vitrines ne servent plus qu’à la communication du Florida (salle vouée à la diffusion des musiques amplifiées) et autres associations ou commerces ne pouvant se payer un affichage classique et onéreux. Lors de notre première venue le 12 mai 1997 avec Cédric Bordes, nous avions été choqués par ce désert urbain, ce lieu de solitude : nous étions devant un mélange du café de Nigthawks, le tableau d’Edward Hopper et de celui du film Bagdad Café de Percy Adlon. Rien, un « no man’s land »… et pourtant nous étions en ville !

Pour ce pèlerinage, nous sommes accompagnés, en plus de Villeglé et d’Isabelle, par notre fils Camille qui est rentré la veille au soir de sa tournée de chant. À notre arrivée, devant le garage abandonné, nous sommes frappés par l’affichage rectiligne et parfois monochrome qui s’expose sur les vitrines. Comme lors de notre première venue, où nous n’avions trouvé pratiquement que des affiches de Mr Eddy et de Steeve Colman, nous n’avons sous les yeux que des affiches du « Dandy » (boite de nuit agenaise) et de Candido Fabré (chanteur latino). Nous paraissons tout petit face à ces immenses palissades et nous sommes obligés de lever bien haut la tête pour constater à perte de vue qu’aucune lacération ne vient distraire cette rigueur au demeurant bien ennuyeuse. Sur la deuxième « vitrine/palissade », l’accumulation sur trois niveaux d’affiches du Dandy est presque un monochrome, si ce n’est une série de Candido Fabré qui vient troubler cette sérialité. Sur les autres, nous trouvons essentiellement Candido Fabré et encore le Dandy, le tout égayé par quelques affiches d’un festival de rock et de musiques amplifiées, montrant un dessin de chat humanisé, halluciné et guitariste.

Par contre, à notre grand étonnement et aussi à notre grand désarroi, nous sommes en face d’une nouvelle réalité : la couche d’affiches est peau de chagrin, ridicule et beaucoup trop fine pour la décrocher. Rien à se mettre sous la dent ou dans le coffre de la Volvo. Aucune récolte sérieuse ne pourra être faite ce jour-là ! Notre essai de collecte sur le panneau situé à la gauche de celui du Dandy est infructueux et, de dépit, nous avons caché à l’arrière de l’immeuble les affiches de notre minable tentative. Nous apprendrons plus tard la cause de cette situation : à partir de la fin mai, Le Florida ne programme plus rien jusqu’en octobre, et seuls les festivals d’été et quelques intervenants locaux affichent. Donc, c’est la misère, et dans celle-ci, seul Camille s’affère désespérément à décoller de piètres petits bouts d’affiches.

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Notre gamin, attiré par deux affiches comportant des dessins de guitaristes fous, s’évertue avec ses ongles à les décoller malgré le manque d’épaisseur. Mais, c’était sans compter sur son opiniâtreté  et sa concentration. Il arrive au bout de quelques minutes à les récupérer feuille par feuille. Voyant son acharnement et sa pugnacité, Villeglé lui vient en aide et, sans aucune explication, s’approprie aussitôt son trésor. Il le lui rendra (ainsi qu’à nos deux autres enfants) en septembre, d’une façon inattendue. De ces quelques feuilles, il composera une œuvre intitulée « Pour le trio », qu’il leur offrira joyeusement en rigolant et en leur rappelant que tout labeur mérite récompense. L’œuvre sera datée – par erreur – du 20 septembre 1997.

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Pour le trio, 20 septembre 1997, Agen, 96 X 83 cm.

Pendant tout ce temps, nous avions remarqué, sur la partie haute du pilier central de la face avant du bâtiment, qu’il subsistait encore quelques traces de notre ancienne récolte du 12 mai dernier. Un bout de l’affiche de Louise Attaque trône encore fièrement, comme pour nous narguer. Ce morceau avait résisté à nos assauts, car collé à même le béton, il était devenu solidaire du mur. Yves lâchement (car incapable de travailler en hauteur pour cause de vertige chronique) tend la vieille échelle déglinguée que nous avions achetée chez Emmaüs à Isabelle pour qu’elle tente de le récupérer. Patiemment et délicatement, au bout d’une dizaine de minutes, Isabelle arrive à ses fins et le remet à Villeglé qui l’enfourne aussitôt dans la poche de son imperméable à la Colombo.

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Ce n’était qu’un bout d’affiche, mais il deviendra par le miracle de Villeglé un superbe tableau. En septembre, ce dernier l’augmentera d’un beau morceau de décroutage d’affiche du groupe « Cuban All Stars ». Après montage, il le marouflera sur toile avant de l’offrir à Louise, notre mascotte, en le datant du 22 juillet 1997 (date de sa naissance et celle-ci aussi de la création de notre Atelier d’aquitaine).

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Louise Attaque, 22 juillet 1997, Agen, 60 X 40 cm.

Par chance, nous avons fait des photos immortalisant notre piètre récolte matinale devant cet incroyable espace dédié à l’affichage sauvage. Heureusement, car dans les deux années qui suivront, le bâtiment sera rasé pour laisser place à de nouveaux locaux commerciaux. Il faut savoir que dans le monde de l’affichage sauvage, les lieux sont éphémères et illégaux… Beaucoup de mairies (tous bords confondus), les lois et les afficheurs professionnels font tout pour les faire disparaître.

11h30. Nous rentrons au Marteret, déçus de notre escapade Agenaise, mais ce ne sera que de courte durée, car nous allons maintenant nous occuper de notre repas. Nous sommes excités de cette future rencontre entre Villeglé et Roman Opalka. Ces deux immenses artistes ne se sont jamais rencontrés et c’est ici chez nous que cette première va avoir lieu, nous sommes fiers et impatients de vivre ce grand moment.

Au menu nous leur proposerons : en entrée, un foie gras mi-cuit maison, accompagné d’un Sauterne « Château Raymond-Lafon » 1982, suivi d’un gigot d’agneau et de haricots verts (agneau élevé par le père de Yves et les haricots verts de chez nos voisins) servis avec deux Margaux : « Château Giscours 1985 » et un jéroboam « Château d’Arsac 1982 ». Pour terminer, un plateau de fromages (composé d’un vieux Comté affiné, d’un Bethmale des Pyrénées, d’un Cantal affiné, d’un brebis fermier) et marinade de fruits au champagne, servie avec un champagne brut, rosé et millésimé. Puis viendra le café avec proposition pour les amateurs d’un excellent armagnac 1972 (ne jamais oublier que le Marteret est en Gascogne dans cette petite Toscane française et que le cognac n’y est pas de mise…manque de rondeurs, de fleurs et de terroir) !

13h pile, Marie-Madeleine et Roman Opalka arrivent, accompagnés d’une de leur amie à bord d’une voiture puissante et discrète (Roman aime la vitesse et roule vite). Marie-Madeleine est une belle femme généreuse, truculente, cultivée, pétrie d’humour, à la parole libre et franche. Elle est habillée d’une robe sombre, sobre et d’une grande capeline rouge (portant ruban vert) la protégeant du soleil. Roman Opalka, grand, svelte, teint clair, cheveux blancs, le regard froid, la parole juste et précise, tout habillé de blanc, même son panama ne déroge pas à sa règle. Un très beau couple soudé, qui contrairement aux apparences et à l’œuvre défendue par Opalka, ne sont pas des moines mais bien au contraire des gourmets, des épicuriens convaincus. Ils sont toujours prêts à savourer autant une bonne table avec de bons vins qu’une discussion philosophique ou une galéjade décapante. Les côtoyer a toujours été pour nous un honneur, un bonheur et une belle aventure. À chacune de nos rencontres, que ce soit en Lot-et-Garonne ou à Venise, nous en sommes toujours sortis plus beaux et plus grands ! Dans un très prochain récit, nous reviendrons vers eux pour un repas mémorable, dans leur manoir Gascon de Bazérac.

Après de brèves présentations, nous sommes passés directement à table. Pouvons-nous parler de table ? Non, car il ne s’agissait à cette époque que d’un des ventaux d’une grande porte cochère posée sur quatre piles de briques rouges et de fauteuils de jardin en plastique gris.

La journée est belle et le soleil au zénith est radieux, nous permettant de déjeuner à l’ombre fraîche des grands tilleuls octogénaires. Nous avons dressé la table : couverts en argent, verres à vin, verres à eau. Le paysage et les grands crus servis pendant ce déjeuner ont certainement permis à la magie d’opérer ! Le repas s’anime au rythme des bouteilles qui se boivent très bien, les discussions entre invités tournent beaucoup sur le monde de l’art et de la pensée. Il est fort agréable de pouvoir avoir de telles discussions dans de telles conditions. Soudain, alors que nous finissions le plat de résistance, Marie-Madeleine en vraie ambassadrice du Sud-ouest n’hésite pas une seconde à plonger ses longs doigts bagués de bijoux dans l’assiette d’Yves afin de lui subtiliser les gousses d’ail abandonnées sur le rebord de son assiette. Nous l’entendons encore dire à Yves : « Vous ne mangez pas votre ail, Cher ami ? » et sitôt la réponse négative prononcée, sans plus attendre elle opère l’exfiltration des dites gousses confites dans le jus du gigot et les déguste en friandise avec avidité ! Personne ne bronche, tous ont le sourire aux lèvres… Yves est pantois !

Le repas continue à se dérouler paisiblement autour de diverses discussions très orientées vers l’art contemporain, et les bouteilles de vins se vident inexorablement…

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Pendant le repas, nous entendons Villeglé expliquer en détail, à la tablée, son concept du « lacérateur anonyme » et qu’il est un homme sans métier refusant toute échelle de valeur quand au choix d’une affiche lacérée. Nous, nous ne bronchons pas, nous sommes estomaqués de l’adresse et de la conviction qu’il déploie concernant l’explication de sa démarche conceptuelle. Nous sourions avec Isabelle en nous remémorant toutes les lacérations et les décroutages que nous avions opérés pendant la semaine écoulée. Mieux encore, nous nous rappelions tous les trois cette remarque idiote et drôle que nous avions eue en rangeant « la Genèse » dans nos réserves : nous nous imaginions le fameux lacérateur anonyme se promenant dans la nuit du 11 au 12 mai avec une grande échelle sur l’épaule (c’est possible mais très très très peu probable) et qui va de surcroit à trois mètres de hauteur et sur une longueur de plus de neuf mètres linéaires lacérer des affiches pour son plaisir. Nous arrêtons là le délire ! En effet, son concept est basé sur le fait qu’il ne récolte que des affiches lacérées dans la rue par des anonymes. Lui ne fait que les recadrer ou les prendre telles quelles sont pour en faire des tableaux. Inutile de préciser qu’après la semaine que nous venions de passer, nous étions bien loin du concept du lacérateur anonyme et des légendaires petits coups de pouce de Villeglé, mais bien plus proches de Jean Pierre Raynaud lorsqu’il déclare en 2009 : « L’Art c’est le sublime mensonge » !

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En fin d’après-midi, nous sommes obligés d’abréger ce long et agréable déjeuner, car Villeglé, son amie et Isabelle ont chacun un train à prendre dans des directions opposées. Dernières photos devant le Marteret, immortalisant la rencontre entre les deux artistes. Ils posent côte à côte, l’un sa valise en bandoulière et l’autre le panama vissé* sur la tête comme à son arrivée. Ils sont magnifiques !

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*Roman Opalka porte un panama pour des raisons artistiques. Il se protège du soleil afin de ne pas bronzer car dans son travail, il ne faut pas que sa peau change de couleur suivant les saisons. Depuis 1972, tous les jours où il peint, il se prend en photo dans son atelier devant le tableau en cours, avec toujours le même dispositif : il porte le même type de chemise blanche, la même coupe de cheveux (il se les coupe lui même), la même chaine en or au cou et surtout le regard sans aucune émotion. Il est important que rien ne marque le temps en dehors de son vieillissement physique et son tableau derrière, qui devient de plus en plus blanc. Le visage de Roman Opalka est une œuvre d’Art vivante et son flétrissement est une vanité !

« Au prix où est le beurre… »

Nouvelle journée d’apprentissage et de création au Marteret, après le petit déjeuner, nous sommes excités dans l’attente du premier châssis pour le marouflage de « Les dessous de la place Armand Fallières ». Il faudra tout de même patienter jusqu’au soir pour récupérer le châssis et jusqu’au lendemain matin pour la réalisation de l’œuvre… GRRRRR !! Alors de dépit, nous décidons de fouiller dans le stock d’affiches entreposées dans la partie de la maison en travaux. Nous plongeons littéralement dans les amas de strates de papiers, une vraie expédition « spéléo » ! La chaleur de l’été ne nous épargne pas, malgré l’heure matinale. Nous prenons tous les trois (Isabelle et nous deux) une bonne suée pour dégager et sélectionner quelques placards d’affiches.

Très vite, notre choix se porte vers deux grands panneaux très épais que nous décidons de décrouter pour l’un et de lacérer pour l’autre. C’est le début de la ruée vers l’or, une vraie chasse au trésor ! Au bout de quelques essais, « Eureka », Yves tombe sur une affiche de NTM, l’album « Paris sous les bombes ». C’est l’idéal, le sujet est parfait et le morceau décrouté est fort et puissant. Très vite, une autre affiche se détache : « FFF », toute aussi incontournable (affiche non lacérée avant notre intervention). Villeglé comprend aussitôt que ces découvertes sont bonnes, il a le regard du plasticien entraîné par 50 ans de pratique. Nous, nous sommes emballés par les noms d’artistes visibles en premier plan. Il y avait devant nos yeux sur deux tableaux, à la fois FFF – groupe mythique de funk – et NTM – groupe de rap engagé, composé de deux grands auteurs Kool Shen et Joey Starr.

Voilà, nous avons deux belles découvertes. Et ensuite, que faire ? Nous pestons de ne pas pouvoir aller plus loin. Repartir à la recherche d’autres trésors ne nous emballe pas du tout, quand Isabelle nous fait en aparté de Villeglé une proposition aussi inattendue qu’élégante : « Pourquoi vous ne prenez pas les deux châssis qu’Alain Zagni m’a préparés pour mes deux futurs tableaux ? » (à la demande d’Isabelle quelques mois auparavant, nous avions fait fabriquer deux grands châssis de 1,40 sur 1,40 m afin qu’elle puisse réaliser deux peintures).

Grâce à la proposition d’Isabelle, le format carré va être pour la première fois employé dans le cadre de l’Atelier d’Aquitaine. Par la suite, nous avons proposé à Villeglé de le systématiser pour les raisons suivantes : tout d’abord, il rappelle les pochettes carrées des CD laser des musiciens, (actuellement sur nos murs, c’est la promotion des groupes et de leurs albums qui font 90% de l’affichage sauvage), et de plus nous connaissions parfaitement ce format, car nous (Isabelle et nous deux) avons eu la chance de travailler avec l’artiste Niortais Jacques Coulais. Ce dernier réalisait quasiment presque toutes ses grandes œuvres au format carré (150 x 150 cm). Nous l’avons fréquenté assidument pendant plusieurs années et avons eu la chance de retenir ses leçons en ce qui concerne le carré dans l’Art. Il nous a permis à tous les trois, de développer une certaine préférence rétinienne pour ce format, sa rigueur, son équilibre parfait et la beauté de la sérialité lors des accrochages. Nous avons encore en mémoire son exposition au Musée du Donjon de Niort et les suites de tableaux alignés. Sur 32 œuvres exposées, 22 étaient de format carré *. Qu’Isabelle Schneider et Jacques Coulais en soient remerciés, car plusieurs centaines d’œuvres de ce « format-type » sortiront pendant des années de  l’Atelier d’Aquitaine !

1990-1991-jacques-coulais

1990, 150 X 150 cm, aquarelle marouflée sur bois, Jacques Coulais – 1991, 147,5 X 147,5cm huile sur toile marouflée sur bois, Jacques coulais.

Mais pour l’heure, la question est : comment va réagir Villeglé ? Lui imposer un format est totalement contradictoire avec l’esprit de création et certaines questions pratiques s’imposent à nous : et si le tableau est meilleur un peu plus grand ou plus petit ? Est-ce la poule qui fait l’œuf ou l’œuf qui fait la poule ? Penauds, nous osons faire cette proposition incongrue et anti-artistique à Villeglé. Sa réaction a été positive immédiatement et à notre grand étonnement, il nous remercie tout en nous poussant aussitôt au travail. Nous sommes à la fois « scotchés » par cette réaction libertaire et heureux de constater qu’il bannit les contraintes !!

Dans la matinée, nous apprenons à cadrer les œuvres au format de châssis existant (à l’inverse de la veille, où nous avons dû faire réaliser un châssis sur mesure), à les maroufler sur une toile tendue, et à les agrafer. Ces trois manœuvres se font assez rapidement et ne nécessitent que peu de technicité. Le cadrage prend, en moyenne par œuvre, environ 15 à 30 minutes (le temps dépend des interventions à faire dessus : lacérations, retouches, cadrage et coupe au format désiré). Ensuite, nous tendons sur le châssis une toile, en laissant le tissu assez lâche, car les affiches seront collées détrempées et au séchage le papier se tend fortement. Puis, nous passerons au marouflage, partie technique au demeurant spectaculaire, car il faut détremper à grande eau l’épais placard de papier, à l’éponge ou au jet d’eau (s’il le faut), jusqu’à ce qu’il perde sa rigidité. Nous passons sur les parties d’arrosage où nous travaillons comme dans un film des frères lumières ou de Buster Keaton. Le soleil tape dur, cette phase de travail permet une ambiance rafraîchissante et conviviale.

Ensuite, nous encollons le verso d’une colle synthétique et vinylique et posons simplement ce paquet humide et gluant sur la toile, son poids faisant office de presse. Aussitôt, sans plus attendre, nous agrafons l’affiche sur le châssis (sur les côtés ou à l’arrière du châssis, selon la quantité de papier restant en débord). Phase triste et trop sérieuse à notre goût mais obligatoire. Nous nous débattons avec la colle et le papier mouillé, rien de drôle et surtout, c’est laborieux ! Pour terminer, nous badigeonnons l’affiche (recto) à l’aide d’une brosse à papier peint remplie de colle à l’eau et nous tartinons, nous tartinons, nous tartinons… de bas en haut et de gauche à droite, tout le tableau, sans économie. Pendant cette manœuvre, nous en profitons pour coller tous les petits bouts rebelles et Villeglé pour donner « ses petits coups de pouce » (il retire ça et là des petits bouts parasites et enlève aussi de fines couches de papiers blancs (pelures, restes de l’arrachage ou du décroutage) afin de faire apparaître les couleurs cachées et va même jusqu’à scarifier les affiches humides avec ses ongles).

Après cette phase technique, sans plus attendre, nous redressons les tableaux et les exposons au soleil afin de les faire sécher. Le miracle est là sous nos yeux, ils sont parfaits et « collent » complètement à l’idée de l’œuvre de Villeglé… Ils « déchirent ! »

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FFF, rue de la fédération, 24 juin 1997, Agen, 140 X 140 cm, Technique dit « lacérée » – NTM, colonne Morris, Agen, 140 X 140 cm », Technique dit « décroutage »

Pendant toute la matinée, nous avons appris avec étonnement qu’il ne fallait surtout pas s’appliquer, mais plutôt laisser faire les accidents. Ils sont inclus dans l’œuvre et rentrent très bien dans la notion de hasard objectif. Comme le dit souvent Villeglé en citant Gauguin : « Au prix où est le beurre, on va pas finir les mains ! ». Un vrai bonheur, une jubilation, nous étions comme des sales gosses dans un bac à sable et nous pétrissions notre boue de colle et de papiers, avec alacrité** !

Ensuite repas, sieste et dans l’après midi, visite d’un ancien café à Granges-sur-lot. Une connaissance de l’amie de Jacques a hérité d’une maison au centre du village, et en enlevant le papier-peint du salon, a découvert sur les murs des fresques murales racontant la guerre de Crimée. Renseignements pris, il était courant que d’anciens militaires, doués au dessin et en peinture, illustraient leurs Campagnes sur les murs des maisons des hôtes qui les recevaient. En l’occurrence, la maison en question était un ancien café, et chose assez rare, il était situé au premier étage de la demeure. Après ce moment de détente culturelle, nous récupérons le grand châssis chez notre ami Alain, surprise, avec les chutes de bois il nous a fabriqué deux châssis de plus !! C’est super, surtout que maintenant nous avions appris que nous pouvions travailler à l’envers (le châssis déterminant l’œuvre) et nous trouverons donc rapidement à les utiliser. La journée se termine par le repos, un bon repas et une nuit de sommeil avec les fenêtres ouvertes pour profiter de la fraicheur de la nuit.

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Fresque dans un ancien café à Grange sur lot (47)

Le lendemain, après le petit déjeuner rapide, car nous sommes impatients de nous attaquer au grand format, force est de constater que le temps n’est pas avec nous. Pas de chance, journée mitigée entre la pluie et le soleil, alors nous sommes obligés de nous replier sous un abri de fortune… La vieille bergerie, branlante et farcie de gouttières située au fond de la garenne. Une fois tout le matériel installé, les tréteaux, les divers pots de colles, les agrafeuses, les ciseaux et cutters, la toile, le mètre, nous commençons l’exploit.

Nous n’avons jamais touché à une œuvre de cette dimension, même Isabelle est curieuse de voir comment Villeglé va s’en sortir. Heureusement que nous nous sommes entrainés la veille avec les deux tableaux, car là, il s’agit d’une vraie manœuvre militaire. Dans cet espace réduit, nous refaisons donc les mêmes gestes, la même technique que la veille, mais ce format-ci exige d’être au moins quatre pour manipuler l’affiche. Nous ne parlons pas que du poids mais aussi de l’encombrement. Il faut donc l’encoller par moitié successive. La phase encollage à la vinylique demande d’être précautionneux car la colle tâche et impossible de rattraper nos vêtements même malgré plusieurs lavages. Par contre la colle à l’eau, quel bonheur, on s’en met partout, on s’en amuse et même on s’en éclabousse ! Oui, des sales gosses en train de faire un sale travail ! Avec Villeglé, le travail est un amusement sérieux, une réalisation grave faite avec légèreté, il faut bien calculer les choses dans un chaos organisé !

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Marouflage « Les dessous de la place Armand Fallières » dans la vieille bergerie du Marteret

Sont présents comme spectateurs en plus de Villeglé, d’Isabelle et nous-mêmes, l’amie de Jacques, notre comptable (qui était de passage) et Pierrot (le père de Yves à la photo). L’opération a duré une bonne partie de la matinée, de 10h à 12h juste le temps que le soleil réapparaisse et puisse sécher l’œuvre dans l’après-midi. Par contre, nous avons attendu 15h pour la redresser. En effet, une grande œuvre demande à ce que la colle pénètre plus profondément dans la toile car le poids du papier trop mouillé pourrait faire tomber les affiches malgré les agrafes. Nous terminerons notre journée de travail par une séance de photos, faites par Pierrot, devant la bergerie.

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Séance de photos devant l’affiche Les dessous de la place Armand Fallières, 24 juin 1997,  Agen, 232 X 375 cm – Il s’agit d’une œuvre réalisée par la technique dit du « décroutage ».

Avant dernier jour de présence de Villeglé au Marteret, nous  marouflons dans la matinée deux œuvres « Gasconneries » et « Carrapicao ». Bien entendu, nous nous sommes servis des châssis qu’Alain nous a fabriqué en plus avec les chutes du bois restant du châssis de « Des dessous de la place Armand Fallières ». Il faut préciser à ce stade du récit, qu’une journée de travail Villegléenne ne dépasse guère 2 à 3h (le matin, une heure trente à deux heures et l’après-midi jamais plus d’une heure). C’est un homme raisonnable et économe de sa santé, c’est aussi le rythme propre aux gens du Sud-Ouest qui font toujours « du bon usage de la lenteur »… Pour citer Pierre Sansot.

En fin d’après-midi, nous nous rendons dans le petit village de Vianne afin de visiter sa Verrerie et surtout une installation de l’artiste américain Dale Chihuly. Ce dernier donnait à voir, dans un jardin luxuriant, une très grande œuvre composée d’immenses flèches de verre rouge le tout installé dans une forêt de bambous. L’installation était au demeurant intéressante et surtout reposante.

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Visite de l’installation de Dale Chihuly à Vianne (47)

Le soir, lors du repas sous les tilleuls, les discussions vont bon train et sont très animées sur l’histoire de l’art et sur les œuvres réalisées lors des deux dernières journées… Et bien entendu, comme tous les soirs de la semaine, poursuite de la destruction inexorable et massive de notre cave !

* Catalogue Jacques coulais, « Aquarelles et peintures 1986-1992 », Musée du Donjon Niort, Entretien Jacques Coulais/Paul Ardenne et texte de Paul Ardenne « Jacques Coulais – Le sujet constitué par la peinture », ISBN 2 907762 08 07

** Clin d’œil à « arbrefran », il se reconnaîtra !

Bonus du 27 octobre !

 

En cette date anniversaire du manifeste des Nouveaux Réalistes (27 octobre 1960),

DO IT YOURSELF !

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Découverte d’un grand panneau d’affichage sauvage le 13 octobre 2016, en Lot-et-Garonne. Lacéré, arraché, décrouté, rapté,le 16 octobre 2016 en compagnie d’Aline, Jean et notre fille Alice (à la photo).

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